Samedi saint… avec l’Archiconfrérie

Aujourd’hui n’est pas un samedi comme les autres pour les fidèles chrétiens. A fortiori pour les membres de l’association du très saint et immaculé Cœur de Marie, plus connue sous le nom d’Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires. Et pourtant, avec leur Mère bien aimée, au Cœur douloureux mais plein d’espérance en son Fils, Seigneur et Sauveur, tous redoublent de fidélité dans la prière, en ce Samedi saint.

Le premier samedi du mois est en effet le rendez-vous privilégié des membres de l’Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, établie au coeur de Paris (2e arrondissement) depuis décembre 1836. Messe, Heure mariale, ceux qui le peuvent — parmi les quelques milliers de membres en France et dans le monde, dont fait partie l’auteur de ce blog – s’unissent à la Sainte eucharistie et prient pour ceux qui leur sont confiés.

La dévotion du premier samedi du mois est née, surnaturellement, d’une intervention de la très sainte Mère de Dieu, le samedi 3 décembre 1836 à Notre-Dame des Victoires. Puis elle s’est institutionnalisée au 20e siècle, à la suite des révélations privées reçues en 1925 de la Sainte Vierge par Sœur Lucie, la voyante de Fatima, sur la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis.

Mais aujourd’hui, pas d’eucharistie. Une église sombre, aux autels et statues voilés ; comme morte.

Pure apparence. Nos cœurs prient, nos cœurs battent avec celui de Marie immaculée, dans l’attente de la Résurrection.

L’Archiconfrérie du très saint et immaculé Coeur de Marie

Notre association mariale est née au 19e siècle à Notre-Dame des Victoires, dans le 2e arrondissement de Paris. L’Abbé Desgenettes*, curé de l’église, était gagné par le découragement après quatre ans d’un ministère qu’il jugeait infructueux dans ce quartier, déjà de presse et de finances, du centre de la capitale.

 Montant à l’autel (photo ci-contre), au matin du samedi 3 décembre 1836, pour célébrer la messe en l’honneur de la Vierge Marie, il était hanté par la tentation de démissionner de sa charge.

C’est alors qu’il reçut cette locution intérieure : « Consacre ta paroisse au très saint et immaculé Coeur de Marie » Cette parole résonna une seconde fois en lui-même après la messe, pendant son action de grâces à la sacristie. Il se la fit donc dire deux fois… avant de réagir. Mais par la suite, il n’hésita plus. Avec l’accord de l’archevêque de Paris, il consacra solennellement sa paroisse le dimanche 11 décembre 1836 et créa dans un même mouvement une association du très saint et immaculé Coeur de Marie pour la conversion des pécheurs.

Engagement. D’emblée, l’Abbé Desgenettes voulut que la consécration de la paroisse au Coeur immaculé de Marie se traduise par un engagement bien réel et concret de la part de ses paroissiens. D’où la création de notre association, qui appelait les fidèles à prier chaque jour un « Je vous salue Marie » pour la conversion des pécheurs et aux intentions de l’Eglise et du Pape ; les noms de ces fidèles étant dès lors inscrits sur un registre ouvert et conservé dans l’église de Notre-Dame des Victoires. Cet engagement n’était et n’est, aujourd’hui encore, pas pris « sous peine de péché » pour celui qui serait oublieux ou infidèle. D’une certaine façon, aujourd’hui comme hier, celui qui s’inscrit sait au fond de lui-même qu’il pose un acte de foi dans la miséricordieuse intercession de la Vierge Marie. Et cependant, ne sous-estimons pas ce geste, il se donne et s’engage dans une union de prière avec la Vierge Marie pour la conversion des pécheurs. Il s’agit là d’un choix très simple, celui de la prière des pauvres du Seigneur, auxquels l’Eglise assimile souvent et avec raison ceux qui s’adressent de façon privilégiée à la Mère de Dieu, comme l’a rappelé l’un des actes du concile Vatican II, « Lumen gentium », qui dit en effet ceci : « Elle [la Vierge Marie] est au premier rang de ces humbles et de ces pauvres du Seigneur qui attendent le salut avec confiance, et reçoivent de Lui le salut. » (Lumen Gentium, chap. VIII § 2,55)

1638-1838. Alors, bien sûr, cette association devenue archiconfrérie par la volonté du pape Grégoire XVI, en 1838, cette association qui a connu un succès extraordinaire de par le monde dans la deuxième moitié du 19e siècle n’est pas née par hasard à Notre-Dame des Victoires. Elle a poussé sur un terreau préparé de longue date. Le roi Louis XIII, fondateur de l’église Notre-Dame des Victoires le 8 décembre 1629, à la demande des Augustins déchaussés, les Petits Pères, avait reçu bien des grâces de la Mère de Dieu : ce furent ses victoires sur la division du Royaume, notamment celle de La Rochelle, mais aussi une victoire personnelle, intime sur la désunion du foyer royal, qui conduisit après quinze ans d’attente, à la naissance de Louis XIV. Dans cette victoire-là, les prières de très nombreuses personnes, dont quelques justes bien connus – comme le Frère Fiacre à Notre-Dame des Victoires –, eurent leur part (Frère Fiacre étant donc ce religieux augustin déchaussé de Notre-Dame des Victoires qui eut une vision de la Vierge lui annonçant, le 3 novembre 1637, la grâce qu’elle désirait accorder « à la France » avec la naissance d’un dauphin ; il fut aussi, trente-sept ans plus tard, celui qui fit en sorte que la Vierge Marie soit célébrée à Notre-Dame des Victoires comme le Refuge des pécheurs).

Dans son action de grâces, donc, en 1638, le roi consacra « sa personne, son Etat, sa couronne et ses sujets » à Dieu par la Vierge Marie et fixa en la fête de l’Assomption, le 15 août, la commémoration solennelle de cette consécration. Cette volonté royale a donné leur couleur – les processions si ferventes – et leur incomparable douceur à nos 15 août – de sorte que le 15 août conserve encore aujourd’hui, pour de nombreux catholiques, un petit air de fête nationale. Mais, après ce voeu de Louis XIII, il restait à faire en sorte que cette consécration tant souhaitée par le roi pour ses sujets se réalisât pleinement et descendît véritablement, avec l’aide de l’Esprit Saint, dans le coeur de chaque fidèle, sujet ou citoyen. Et c’est ce qu’a proposé l’association fondée par l’Abbé Desgenettes. Les membres de l’Archiconfrérie n’en ont eux-mêmes pas toujours conscience, mais on peut dire qu’ils sont bel et bien devenus, au jour de leur inscription, des « associés » du saint et immaculé Coeur de Marie – car telle est la forme de leur consécration.

Conversions. Alors, bien sûr, cette grâce qui leur est accordée ne fait pas des membres de notre association des humains extatiques ou extraterrestres. Ces fidèles associés sont des catholiques ordinaires et peut-être les plus ordinaires qui soient, non seulement parce qu’ils se reconnaissent pécheurs mais parce qu’ils font partie de ces pauvres du Seigneur qui ont besoin de l’intercession maternelle de Marie pour aller à Jésus-Christ. La Vierge Marie va d’ailleurs assez souvent les chercher au tréfonds de leur misère, suscitant d’étonnantes conversions, en général plus discrètes que celles qui ont marqué l’histoire de notre association – nous voulons ici parler d’Alphonse Ratisbonne, qui devint prêtre et soutint avec son frère Théodore, les oeuvres de Notre-Dame de Sion, du peintre George Desvallières ou encore d’Hermann Cohen qui devint le P. Augustin Marie du Très Saint-Sacrement.

Pour finir, rappelons quelques données pratiques:

1/ L’archiconfrérie est une association de prière répandue sur les cinq continents, qui a affilié 1 630 000 membres à titre individuel depuis sa création, mais aussi plus de 21 000 communautés chrétiennes – notamment des paroisses, congrégations et groupes de prière, mais aussi des institutions éducatives; en 2009, la plupart de ces communautés, ou celles qui leur ont pris leur relais, ont oublié ce lien passé avec l’archiconfrérie, mais la grâce demeure et nous pouvons témoigner de l’action toujours bienfaisante et miséricordieuse de Notre-Dame des Victoires, un peu partout dans le monde, là où des chrétiens viennent la prier et vénérer, en son Coeur immaculé, Refuge des pécheurs, comme nous le faisons nous-même, notamment, le premier samedi de chaque mois. Le site internet, très riche en informations, de Notre-Dame des Victoires en est une illustration.

2/ Nous voudrions aussi vous rappeler les modalités d’inscription à l’archiconfrérie. Il y a donc l’inscription individuelle et l’inscription communautaire. Celle-ci doit recueillir l’approbation de l’évêque du diocèse où la communauté est implantée. Enfin, il existe aussi depuis 2005 une possibilité d’inscription familiale, pour un même foyer chrétien lorsque les parents sont mariés et les enfants tous baptisés selon le rite catholique. Ce registre est celui des « Familles Sainte Thérèse ». Il a été ouvert en action de grâces pour l’intercession de sainte Thérèse de Lisieux, guérie le 10 mai 1883 à la suite d’une neuvaine priée à son intention, à la demande de son père et de ses soeurs, à Notre-Dame des Victoires. Dans le cas des familles, l’engagement de prière de l’archiconfrérie est pris solidairement. Ainsi un parent pourra-t-il par exemple prier le « Je vous salue Marie » quotidien au nom de son enfant, trop jeune pour s’engager à titre personnel.

3/ Les statuts de l’association sont lisibles et imprimables à partir du site de Notre-Dame des Victoires, rubrique « archiconfrérie ». Ce site vous donnera des informations très complètes non seulement sur l’histoire du sanctuaire mais bien évidemment son actualité à laquelle l’archiconfrérie est indéfectiblement liée depuis 175 ans.

Invocations. Nous vous confions en conclusion de cette présentation de notre association l’invocation très simple que l’archiconfrérie propose aux « Familles Sainte Thérèse ». Puisse-t-elle ouvrir nos coeurs à la nécessité de prier et d’intercéder pour tous nos frères et soeurs, à commencer par ceux qui sont le plus proche de nous, les membres de nos familles. Ce qui précisément fut vécu, et avec quel fruit, au sein de la famille Martin, aujourd’hui à l’honneur à Notre-Dame des Victoires, une chapelle étant dédiée aux bienheureux parents de sainte Thérèse, Louis et Zélie (photo ci-dessous).

Vendredi Saint, 6 avril 2012 : la chapelle des bienheureux Louis et Zélie a été choisie par le curé de la basilique, le père Hervé Soubias, pour établir le Reposoir, lieu de prière et de veille avec le Christ dans sa Passion et sa mort… La croix lumineuse de la chapelle invite à l’espérance. Photo DS/SC

Voici donc l’invocation proposée aux « Familles Sainte Thérèse » :

« Notre-Dame des Victoires, Mère au doux Sourire, et vous bienheureux Louis et Zélie, pour l’amour de la petite Thérèse, votre fille, faites briller dans nos âmes et dans celles de nos enfants la Sainte Face de Jésus. ».

Et, bien sûr, nous redisons trois fois, selon la tradition instaurée par notre fondateur, l’abbé Desgenettes, cette belle invocation, source de tant de larmes et d’heureuses conversions :

« Coeur immaculé de Marie, Refuge des pécheurs, priez pour nous,
Coeur immaculé de Marie, Refuge des pécheurs, priez pour nous,
Coeur immaculé de Marie, Refuge des pécheurs, priez pour nous. »

* Charles Dufriche-Desgenettes (1778-1860) dont la biographie résumée et le témoignage sur la naissance de l’association figurent sur le site de la basilique.

« Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen »

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2 réflexions au sujet de « Samedi saint… avec l’Archiconfrérie »

  1. Bonjour Denis,
    Bravo à vous pour cette très belle réalisation. J’aime. Merci infiniment pour cette très belle initiative. En plus, c’est très parlant pour moi car, personnellement, j’ai d’abord une une très

    grande dévotion mariale avant de connaître davantage et prier Jésus.Et, depuis quelques années, j’associe aussi Saint Joseph dans ma prière. Donc, je me tourne aussi bien vers la Sainte Famille que la Sainte Trinité : Père , Fils et Saint Esprit également.Tout un cheminement. Pour vous dire que à travers Notre Sainte Mère du Ciel, nous parvenions à (moi en l’occurrence)non seulement Son Fils, notre frère, mais aussi Notre Père et le Saint Esprit qu’IL (Le Christ) nous a donné comme Il l’a promis à ses apôtres.

    Et, quelle ne fut ma joie également; quand je commençais à connaître Notre Dame des Victoires, puis plus tard en devenant membre de l’Archiconfrérie, de découvrir que la petite Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de La Sainte Face a laissé « son empreinte » dans ce sanctuaire ?C’est la petite Sainte par excellence vers laquelle ma famille et moi nous demandons l’intercession dans nos prières depuis toujours. Il en va ainsi car dans ma famille nous avions eu une parente (pour moi c’était ma grande tante) carmélite. Cette dernière nous parlait souvent de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.Une fois arrivée ici en France, j’ai fait l’agréable découverte que Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus avait élue la Sainte Vierge Marie comme Sa Mère à l’issue de la mort de sa propre mère.

    Bref,j’en conclue, c’est-à-dire je crois aussi que cette dernière m’a préparée le chemin pour connaître en premier lieu la Sainte Vierge Marie, et ici sous sa dénomination ou son identité  » Notre Dame des Victoires », pour pouvoir mieux suivre ensuite Son Fils Jésus.
    Bonne continuation.
    En union de prière.
    Andrée

    • Merci chère Andrée pour cet encouragement, et pour ce rappel du lien si profond entre Notre-Dame des Victoires et sainte Thérèse de Lisieux. Thérèse avait élu la Sainte Vierge comme sa Mère après sa guérison de 1883 (« le ravissant Sourire de la Sainte Vierge ») – guérison intervenue à la suite de la neuvaine de messes demandée à Notre-Dame des Victoires, précisément en faveur de la jeune malade, par son père et ses sœurs aînées. La Basilique, comme vous le savez, en fait mémoire chaque année avec la neuvaine pour les malades, qui sera marquée, en 2012 encore, par la présence des reliques de sainte Thérèse. Le lien avec le sanctuaire, pour s’informer : http://www.notredamedesvictoires.com/info_reliques_mai_12.html

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