Augustins et Madeleines

Parlons Madeleines et Augustins. C’est depuis longtemps la spécialité de Notre-Dame des Victoires, basilique sous le patronage du Cœur immaculé de Marie, Refuge des pécheurs, établie au cœur de Paris.

Que leur dire, à ces Augustins et ces Madeleines ? Que je suis passé devant Notre-Dame des Victoires, sans la voir, pendant des années – jusqu’à ce que mon angélique confrère, Matthieu, me claque un sonore : « Viens à la messe avec moi » (une belle œuvre d’évangélisation pour aujourd’hui : « Viens à la messe avec moi » ?).

Que leur dire ? Une fois entré dans cette église, d’aller s’agenouiller à l’autel de la très Sainte Vierge Marie, Refuge des pécheurs, pour se faire guérir de leur incroyance. En tout cas, pour le demander…

Sur le vitrail surplombant l'autel de l'Archiconfrérie, Notre-Dame des Victoires présentant son Fils. A droite, en bas (auréolés de gloire), sainte Madeleine et saint Augustin. Photo DS/SC

La conversion des Augustins et des Madeleines, le fondateur de l’archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, l’abbé Charles Desgenettes dont nous nous souvenons aujourd’hui (étant entré dans la Vie le 25 avril 1860, en la fête de l’évangéliste saint Marc) en parlait volontiers. Il en rencontra beaucoup dans son confessionnal, après la consécration de sa paroisse au Cœur immaculé de Marie.

Madeleine, ou Augustin… On pense à un trentenaire, un adulte encore jeune. D’un côté celle qui répandit du parfum sur la tête et les pieds de Jésus, assimilée à la sœur de Marthe. Celle qui avait, selon l’expression de Jésus », « choisi la meilleure part », et qui fut peut-être aussi cette femme « guérie de sept démons » (les sept péchés capitaux ?). De l’autre, le converti trentenaire, qui surmonta un long combat intérieur avant de recevoir, la nuit de Pâques 387 (24-25 avril 387), le baptême des mains d’Ambroise, évêque de Milan. Et qui raconta son itinéraire spirituel dans ses « Confessions ». Dans tous les cas, Augustin ou Madeleine, nous voici confronté  à un homme ou une femme en voie d’accomplissement, et peu importe l’âge, qu’il ait 25 ou 75 ans.

Y a-t-il des critères pour expliquer la conversion d’une Madeleine, d’un Augustin ?
L’abbé Desgenettes n’en cherchait point sinon celui de la prière que nous sommes amenés à faire à l’intention de tel ou tel, et pour sa conversion. « Remarquons bien, écrivait-il dans le Manuel de l’Archiconfrérie en 1839, que Dieu semble attendre que nos voeux lui soient offerts pour frapper les coups de sa grâce ; c’est tout à la fois une grande leçon et un précieux encouragement pour nous. »

L'abbé Desgenettes, fondateur de l'association du très saint et immaculé Cœur de Marie, devenue en 1838 l'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires. Photo DS/SC

L’abbé Desgenettes avait ce charisme de la prière. Celui qui fascinait, par exemple, chez Jean-Paul II. Il avait le don d’entraîner à sa suite de nombreux cœurs, pour qu’ils donnent à leur tour, dans la prière ou de menus sacrifices, ce qui pouvait toucher le Cœur du Tout-Puissant.

En janvier 1842, il pria ainsi pour « un jeune israélite libre penseur en voyage en Italie », avec de nombreux membres de notre association, à la demande de son vicaire, le père Théodore Ratisbonne. L’effet fut foudroyant : Alphonse Ratisbonne, jeune frère du P. Théodore, bénéficia à Rome, dans l’église Sant’Andrea delle Fratte d’une apparition de la Vierge Marie et se convertit instantanément, bénéficiant de lumières intérieures qui permirent son baptême quelques semaines plus tard.

Un autre cas spectaculaire avait ému notre association de prière alors en ses débuts, quelques années plus tôt (mai 1837), raconté par l’abbé dans son Manuel. Un septuagénaire, athée endurci, simplement baptisé dans son enfance, mais n’ayant pas reçu d’éducation  religieuse, avait été confié aux membres de l’association de prière le dimanche 7 mai 1837. Dans les jours qui suivirent, la personne, une dame, qui avait apporté cette intention de prière et se trouvait en contact avec l’homme en question constata des changements. Plus de déclarations à l’emporte-pièce contre ses « misérables superstitions », il lui fit part d’interrogations personnelles profondes et en vint même à lui demander ce qu’elle pensait de la médaille de la rue du Bac (frappée à la suite des apparitions de la Vierge en 1830 à sainte Catherine Labouré). La bonne samaritaine lui en procura une, « bénite et indulgenciée » comme on disait alors, qu’elle obtint de l’abbé Desgenettes.

Encouragés par cette évolution, les fidèles de ND des Victoires redoublèrent de prières. Le dimanche 21 mai, l’abbé Desgenettes demanda que toutes les communions soient faites à l’intention de cet homme. Dans la nuit du 22 au 23 mai, celui-ci, éveillé au milieu de la nuit, bénéficia d’une première vision de la Vierge Marie : « Du port le plus majestueux, ayant une figure pleine de dignité et de bonté, vêtue d’une robe blanche , elle s’avança vers moi et me dit qu’il était temps que je misse un terme à mes péchés qui fatiguaient la justice de Dieu » (Manuel, édition de 1839, p. 46). La même apparition se reproduit les deux nuits suivantes.

L’homme se convertit donc, il entra en catéchèse et fit sa première communion quelques mois plus tard, le 3 décembre 1837.

Sur cette conversion, l’abbé Desgenettes écrivait ceci, toujours dans le « Manuel » rédigé pour les membres de son association de prière : « Il entre dans les desseins de la divine sagesse que les chrétiens connaissent, par ce nouveau trait jusqu’ou vont la puissance et l’amour de Marie en faveur des pécheurs, et que tous, justes et coupables, redoublent de confiance et  d’amour pour cette divine Mère ». Il écrivait encore, dans ce style fleuri de son temps : « Le grand Dieu qui règne dans les cieux appelle et aime à entendre les prières, les voeux et les soupirs d’une foule de chrétiens qui ne connaissent pas même d’un nom le pauvre frère auquel la charité chrétienne les intéresse si vivement ».

Pour le curé de Notre-Dame des Victoires, l’apparition dont aurait bénéficié le septuagénaire converti était bien « un miracle, et pourquoi ce miracle ?… pour sauver une âme ». « Pourquoi ne serait- il pas réel ?, il y en a eu dans tous les siècles, il y en a encore, et il y en aura jusqu’à la consommation des siècles… Cette condition de miracle est évidente dans la circonstance présente. De quoi s’agit-il ? de sauver une âme, de l’arracher aux ténèbres de l’incrédulité. N’est-ce pas le motif, la cause de miracles bien plus étonnants, des mystères de l’incarnation, de la rédemption » révélés par Jésus-Christ, « des miracles opérés par les apôtres, par les saints de la primitive Eglise, de tous ceux qui s’opèrent encore si souvent chez les nations infidèles ? ».

L’abbé Desgenettes fait bien la distinction entre ce cas présent et les autres conversions. Pour lui, il s’agit d’un homme qui a été baptisé, mais dont l’esprit n’a jamais connu Dieu. A la différence des pécheurs qui ont connu Dieu et l’ont abandonné, et qui peuvent revenir par l’Eglise et l’Evangile.

« Mais lui, enfant de Dieu par le baptême, il a été arraché des bras de son divin Père dès l’enfance… il n’a jamais connu Dieu, son esprit a été corrompu  et sa raison obscurcie, voilà pourquoi il ne nous répugne point de croire que la miséricorde divine ait fait pour lui ce que « l’ange de l’école » (saint Thomas d’Aquin) nous atteste qu’elle ferait pour un infidèle qui aurait gardé les préceptes de la loi naturelle et qui arriverait à sa dernière heure sans pouvoir être instruit des vérités de la foi ».

Elle enverrait plutôt un ange du ciel, dit-il encore, pour les lui révéler, que de le laisser mourir dans son infidélité. « Rendons gloire à Dieu, rendons hommage à Marie, et disons avec le prophète : « Oui, c’est le Seigneur, le Dieu tout puissant qui a opéré cette merveille, et nous ne pouvons y penser qu’avec admiration ». » (Manuel, édition de 1839, page 56)

Prière de l’abbé Desgenettes

« O très sainte et auguste Marie, jetez du haut du ciel un regard de protection et d’amour sur vos enfants réunis au pied de votre autel. Notre intention, sainte Mère de miséricorde, est d’honorer, par un culte de vénération, d’amour et de confiance, votre très saint et immaculé Cœur, d’adorer avec lui et par lui, la Très Sainte Trinité, le Divin Cœur de Jésus, et d’implorer, au nom de notre archiconfrérie, par votre toute puissante intercession auprès de Dieu, la grâce de notre conversion et celle de tous les pécheurs. O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. »

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