Principes non négociables : une ligne Maginot ?

Situation pathétique que la nôtre. Il nous est demandé de faire confiance à une parole politique qui nous a déjà largement trompés. Qu’il s’agisse de la lutte contre les injustices et les excès de la mondialisation financière, de l’attention aux plus pauvres ou de l’accueil de l’étranger, les discours et les actes émanant du sommet de l’Etat ces cinq dernières années n’ont guère brillé par leur inspiration chrétienne. Et cependant, de partout dans nos milieux catholiques, de Frigide Barjot, catho droite sans ses bottes (même quand elles chausse des ballerines), au P. Matthieu Rougé, « aumônier » des parlementaires, en passant par l’hebdo « Famille chrétienne », mais aussi l’abbé de Tanouärn, « tradi » réputé compatible (avec le magistère papal), voire même la plupart des animateurs de Radio Notre-Dame, il nous est instamment suggéré de reconduire dans sa charge élyséenne le candidat sortant. De fait, il défendrait un statu quo touchant des questions essentielles pour nous, en particulier le refus de l’euthanasie et le refus du mariage pour les couples homosexuels. Donc, une partie de ce que l’Eglise regarde comme des points non négociables, à savoir « le respect et la défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, de la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, de la liberté d’éducation des enfants et de la promotion du bien commun sous toutes ses formes ».

Face à lui, le libertarisme assumé du candidat socialiste : son oui au mariage homo ainsi qu’à « une exception d’euthanasie » (comme nous eûmes il y a quarante ans, « l’exception d’avortement »…) et à la recherche sur l’embryon (déjà largement favorisée par la droite qui a exercé le pouvoir ces dix dernières années)… etc.

Le contexte ? Un débat du 2e tour caractérisé par la stratégie de la tension développée par le candidat de droite et son entourage, non tant sur ces questions, car elles ne peuvent sérieusement être traitées quand la sincérité n’est pas de la partie, que sur le distinguo à faire entre bons et mauvais travailleurs (en gros, les premiers votant à droite, les seconds à gauche), les bons et mauvais immigrés, les bons et mauvais journalistes, les bons et mauvais pauvres (les seconds étant les « assistés »)…

Dans le même temps, le candidat de gauche affiche sa volonté d’unir et de rassembler autour d’une politique de plus grande justice économique et sociale. Et (on ne se refait pas), autour d’une idée des droits de l’homme (qu’il voudrait donc faire progresser dans le sens du mariage homosexuel et de l’euthanasie) comme horizon indépassable, représentant les fins premières et dernières de l’humanité.

Or donc, nous n’aurions pas le choix. Le candidat qui nous exhorte à le suivre dans ses jugements définitifs (« à ma droite, les bons, à ma gauche, les mauvais… »), nous renvoyant, grosso modo, pour le reste au paradis céleste (ou au dieu Marché si nous n’avons pas la foi), serait le bon. Et son adversaire qui nous promet, bon an mal an, le paradis terrestre – son « rêve français » (1) , nouvelles mœurs comprises –, serait le mauvais.

Je défends, pour ma part, l’idée que nous avons le choix. Que nous votions pour l’un des candidats, ou que nous votions blanc, voire même nul, ne nous laissons pas embourber dans les tranchées creusées par des candidats en campagne avant tout soucieux de toucher telle ou telle cible électorale. Ne restons pas campés sur une « ligne Maginot » chrétienne qui se confondrait en l’occurrence avec le sarkozisme. Voyons plus haut. Affirmons notre confiance dans la victoire du « Ressuscité », ayons une vision dynamique de l’avenir. Et pour cela usons du principal ressort du dynamisme chrétien : la prière.

Prions pour MM. Hollande et Sarkozy. Ils en ont besoin. Nous avons affaire dans ce 2e tour de la présidentielle à deux baptisés dont les archaïsmes ont besoin d’être évangélisés. L’un se dit de convictions chrétiennes (cf. la « laïcité positive » de son fameux discours de Latran et tout récemment l’appel au respect des racines chrétiennes de la France) et, cependant, il passe son temps à chercher et désigner des boucs émissaires des difficultés de notre pays. L’autre, qui ne confesse aucune foi religieuse, voudrait, touchant la vie et les mœurs des ses contemporains, développer une politique rompant avec la loi naturelle et les salutaires interdits judéo-chrétiens.
Bref, quel que soit celui dont nous retiendrons le bulletin de vote, confions-le à la miséricorde divine (l’homme, pas le bulletin !). Ne nous contentons pas d’un geste sans lendemain. Engageons-nous. Sortons de notre ligne Maginot en priant pour la conversion de celui dont le nom figure sur le bulletin de vote, et bien entendu pour la conversion de celui qui sortira vainqueur des urnes. Prions pour lui non seulement jusqu’au dimanche 6 mai, mais dans les années à venir, celles où il exercera le pouvoir. C’est, me semble-t-il, une grâce de notre sacerdoce de baptisés qui plaît au Seigneur, comme le rappelle saint Paul dans la 1re lettre à Timothée :
« Je recommande donc, avant tout, qu’on fasse des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et tous les dépositaires de l’autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible en toute piété et dignité. Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur » (1Tm 2:1-3).

  •  (1) Le candidat socialiste a donné cette définition du « rêve français » dans son meeting du Bourget : « J’ai parlé du Rêve français. Oui, le rêve que tout au long des siècles, depuis la Révolution française, les citoyens ont caressé, ont porté. Ce rêve de vivre mieux, ce rêve de laisser un monde meilleur, ce rêve du progrès, ce rêve de pouvoir franchir à chaque fois les étapes de l’humanité, ce rêve ne nous appartient pas qu’en propre, mais il se trouve que c’est nous, la France, qui avons inventé la République. C’est nous qui avons porté cet idéal qu’une société, si elle s’organisait, si elle se donnait les moyens, si elle faisait de l’égalité, de la liberté et de la fraternité son mode de vie, pouvait être l’émancipation pour chacun. »

La prière citoyenne

« Seigneur Jésus, envoie ton Esprit,
et inspire à nos représentants les paroles et les actes
que méritent l’accueil et la dignité des personnes,
le respect des familles,
la sauvegarde des équilibres naturels,
le bien de ceux qui s’entraident, travaillent et entreprennent
en artisans de paix. Avec eux,
avec Toi, nous voulons être les citoyens d’une France
qui aime et aide la vie. Amen  »

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