Sainte Thérèse, ses bienheureux parents et les fruits de l’Esprit Saint

Les reliques de sainte Thérèse de Lisieux arrivent, samedi 5 mai, à Notre-Dame des Victoires (place des Petits-Pères, 75002 Paris) pour la messe de 11 heures, et y demeureront jusqu’au 13 mai, date anniversaire de sa guérison à l’âge de 10 ans par « le ravissant sourire de la Sainte Vierge » (13 mai 1883).

Beaucoup de pèlerins viendront se recueillir dans les prochains jours. Ils vénéreront les reliques de Thérèse mais aussi celle de ses parents, les bienheureux Louis et Zélie Martin – reliques à nouveau réunies dans ce sanctuaire.

La neuvaine pour les malades sera priée en présence des reliques de sainte Thérèse de Lisieux du 5 au 13 mai à Notre-Dame des Victoires. Photo DS/SC

Les fidèles prieront la neuvaine (du 5 au 13 mai) d’intercession pour leurs frères et sœurs malades qui fait donc mémoire, chaque année, de la guérison de Thérèse par l’intercession de Notre-Dame des Victoires. Une épreuve, la maladie, qui compta dans le cheminement spirituel, non seulement de Thérèse de Lisieux, finalement emportée par la tuberculose à l’âge de 24 ans, mais aussi de ses parents – le cancer pour Zélie, la maladie mentale (dégénérative) pour Louis.

Du 5 au 13 mai, les pèlerins auront la joie d’assister aux célébrations souvent présidées par des évêques, à la mi-journée (12h15 en semaine, 11h les samedi et dimanche) ou en soirée (18h-20h en semaine, 17h-19h les samedi et dimanche), après le lancement de la neuvaine ce samedi (11h) par le recteur de la basilique de Lisieux, Mgr Lagoutte. L’occasion de beaux enseignements.

L’un d’eux s’intéressera-t-il à cet extrait de l’évangile de Matthieu qui surplombe la croix lumineuse de la chapelle des bienheureux: « On reconnaît un arbre à ses fruits » (Mt 7,20), extrait du discours de Jésus sur la montagne ? Une parole par laquelle le Christ conclue sa mise en garde contre les faux prophètes, ces mauvais arbres qui ne peuvent donner de bons fruits. Une parole qui interpelle le pèlerin, oriente sa prière. Mais comment l’interpréter ? (Merci aux bonnes âmes, dûment formées en théologie, qui auront la gentillesse de m’éclairer !)

Dans la chapelle des bienheureux Louis et Zélie : « On reconnaît un arbre à ses fruits » (Mt 7:20). Photo DS/SC

Devant cette parole, ma propre pensée s’attache d’abord à une équation facile: « bons parents = bons enfants ; bons éducateurs chrétiens (Louis et Zélie) = cinq filles religieuses dont une sainte »… En l’occurrence, le bon arbre, constitué par le couple de Louis et Zélie, nous serait notamment révélé par la sainteté de leur fille, Thérèse, grâce notamment à son œuvre autobiographique, « Histoire d’une âme ».

Bon fruit, bon arbre… peut-on cependant s’arrêter là ? Certes non. Ainsi, il serait dommage qu’en découvrant cette parole, un pèlerin en souffrance dans sa vie conjugale ou familiale, et la comparant à celle des bienheureux époux Martin et de leurs enfants, s’enferme dans sa misère humaine et/ou sociale vécue comme un enchaînement décourageant et inéluctable, de père en fils… Oubliant ce qu’il doit au Christ, son Sauveur. Et à l’arbre de la Croix. Aux fruits de la Passion et de la Résurrection de Jésus.

« On reconnaît un arbre à ses fruits »… Pour qui la médite, il devient vite clair que cette parole n’a pas pour objet d’enclore le pécheur dans ses peines et ses fautes, mais bien de l’éclairer et libérer peu à peu en lui les « fruits » qu’elle évoque : lesquels, nous indiquent les théologiens, sont donc les fruits de l’Esprit Saint, cet Esprit soufflé sur nous par le Christ vainqueur de la mort. Ceux-là mêmes qui nous conduisent à faire Eglise autour du Ressuscité en ce beau mois de mai.

Ces fruits de l’Esprit abondent à Notre-Dame des Victoires comme dans la communion de toute l’Eglise. Nous les trouvons de façon suréminente chez la Vierge Marie, notre Mère, et dans la vie et l’œuvre des saints, tels Thérèse et ses parents. Ces fruits furent transmis par les vrais et honnêtes prophètes de Jésus-Christ que furent Louis et Zélie pour leurs enfants. Ils ont mûri chez eux comme chez ces grandes figures de Notre-Dame des Victoires que furent sainte Anne-Marie Javouhey, saint Jean Bosco (pour sa visite et rencontre mystique avec le sanctuaire, le 28 avril 1883 – quelques jours avant la guérison de Thérèse), le vénérable P. François Libermann, les PP. Théodore et Alphonse Ratisbonne, le P. Augustin-Marie (Hermann Cohen), le peintre Georges Desvallières… Des fruits qui illuminèrent encore la vie du frère Fiacre, de l’abbé Desgenettes et de tant d’autres bénéficiaires des grâces et des miséricordes accordées par la très sainte Vierge Marie, refuge des pécheurs… sans que ces fidèles appartiennent nécessairement à une « bonne famille » ou un « bon arbre » catholique, comme celui des Martin ! Tous étant désireux de rendre grâce à Dieu des fruits de l’Esprit répandus dans son Eglise.

« On reconnaît un arbre à ses fruits »… Une autre impression peut également être tirée de cette parole d’évangile, source possible de confusion pour les pécheurs que nous sommes. Conséquence peut-être de notre époque matérialiste-mercantile, obsédée par la performance, le chiffre d’affaires ou celui de la hausse du pouvoir d’achat. Toujours est-il qu’il est possible que se présente à nos esprits « le nombre des fruits » lorsque l’évangéliste nous dit que « l’arbre se reconnaît à ses fruits ». Attachés à cette idée, nous n’irons pas bien loin. Sauf à constater qu’un « arbre » de qualité douteuse peut porter de nombreux fruits – y compris, quelquefois, au sein des communautés chrétiennes (1)

La qualité de l’arbre, donc, se reconnaît aux fruits de l’Esprit, eux-mêmes en nombre limité. Saint Paul les énumère (Ga 5 :22-23) : « charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (2). A l’école de Louis et Zélie, Thérèse et ses sœurs auront donc appris tout cela. Autant de vertus découlant des dons du Saint-Esprit (crainte, piété filiale, force, conseil, intelligence, science, sagesse). Ce que résume le catéchisme de l’Eglise catholique : « Les fruits de l’Esprit sont des perfections que forme en nous le Saint-Esprit comme des prémices de la gloire éternelle. » (CEC § 1832). L’abondance à désirer et demander au Seigneur serait en définitive celle, en nous, de ces « perfections ».

Puissions-nous les goûter en ces jours de grâce où nous louerons le Seigneur pour la sainteté de Thérèse, de Louis et de Zélie qui intercèdent pour nos familles et pour chacun d’entre nous.

  • (1) Pensons par exemple à ces mouvements où les vocations ont abondé mais sous des maîtres dont l’Eglise a finalement dénoncé les déviances ou déviations : Légionnaires du Christ, à cause des abus du fondateur, le P. Maciel ; Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, à cause du refus du concile Vatican II et de la parole du magistère sur ce concile (Fraternité sur laquelle le jugement est depuis trois ans suspendu, mais pour laquelle le dénouement, espérons-le dans le sens d’une réconciliation et d’une communion sans arrière-pensées, paraît proche)… Ces œuvres ont attiré des vocations sacerdotales jugées nombreuses – dans un temps il est vrai de disette pour les paroisses. Mais ce taux de fécondité peut-il être tenu pour un « fruit de l’Esprit » ? Il est vrai que « l’Esprit souffle où il veut » (Jn 3:8).
  • (2) Parfois déclinés en douze fruits et trois groupes :
    – les fruits qui concernent l’âme dans ses relations avec Dieu : la charité, la joie, la paix, la patience ;
    – les fruits qui concernent l’âme dans ses relations avec le prochain : la bénignité, la bonté, la longanimité, la mansuétude, la foi;
    – les fruits qui concernent l’âme dans ses relations avec son propre corps : la modestie, la continence, la chasteté.

Prière (collecte de la messe votive « Sainte Marie, fontaine du salut »)

« Père très saint, puisque nous vénérons avec joie la Vierge Marie, par qui tu nous as ouvert la source du salut, le Christ Jésus, nous te supplions humblement : fais qu’en puisant largement à cette source de vie nous produisions en abondance les fruits de l’Esprit Saint. Par Jésus Christ, notre Seigneur. »

(cf.« Messes en l’honneur de la Vierge Marie », Desclée-Mame, 1988)

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