Creuser notre désir dans un « Magnificat »

Grâce à Dieu, c’est avec son Esprit de vie, d’amour et de lumière, qui oint les fronts, ouvre les cœurs, réchauffe les membres, que l’on espère Le louer en ce jeudi 31 mai, fête de la Visitation. Ce même Esprit du Père et du Fils uni à celui du jeune Jésus, âgé de quelques jours, ou quelques semaines, dans le sein de Marie. Souffle d’enfant, discret battement de cœur… cependant si puissant : celui du Verbe fait chair.

Par Giotto vers 1306, l’intensité de la rencontre (chapelle Scrovegni, Padoue)

Qui a Jésus à tout. A commencer par la Sainte Trinité. D’où la joie qui traverse cette page d’évangile. Elle fait vivre sous notre regard intérieur les trois autres acteurs de cette rencontre avec le Fils de Dieu. Nous les voyons qui exultent sous la motion de l’Esprit Saint, tandis que Lui, le Fils, reste en apparence inactif. C’est dans saint Luc (1:39-56) : «  En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. Or, quand Elisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Elisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, 
et s’écria d’une voix forte : “Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. 
Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi.
 Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.” Marie rendit grâce au Seigneur en disant : “Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s’est penché sur son humble servante ; 
désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !
 Son amour s’étend d’âge en âge 
sur ceux qui le craignent. 
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
 Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, 
renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, 
il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais.” »

Marie exalte le Dieu Père de la promesse et de la Première Alliance, qu’elle-même représente avec sa cousine Elisabeth et Jean. Le Fils vit dans son sein. L’Esprit Saint répand amour, joie, chaleur et lumières en chaque acteur de la rencontre. Volonté de Dieu créateur, Fiat et Magnificat de la Vierge, effusion de la Vie divine : « Et le Verbe s’est fait chair. Et il a habité parmi nous » (Jn 1:14).

Jésus vit en Marie, comme Il veut vivre en chacun de nous. Verbe créateur, à l’origine de tout, il nous associe à toutes ses fins, par l’Esprit Saint. Et il nous montre à quelle louange nous sommes appelés, celle du « Magnificat » chanté par la Sainte Vierge dans cet évangile. Le Magnificat, un chant de l’Esprit Saint pour creuser en nous le désir de recevoir ce même Esprit Saint.

C’est d’ailleurs une belle leçon de la Visitation : creuser notre désir, appelé à se modeler sur l’action de grâce et la louange de Marie. La Mère de Jésus, parfaite épouse du Saint-Esprit, célèbre la plénitude des dons de Dieu dans une hymne de confiance propre à embraser nos cœurs.

Il est courant d’entendre que la prière à l’Esprit Saint creuse le cœur. Une prière au Saint-Esprit « qui confirme dans la foi » le proclame : « Creuse notre désir à la mesure du Désir de Dieu ». Saint Augustin, l’un des premiers, a lui-même écrit sur ce creusement: « Par l’attente, Dieu accroît le désir. Par le désir, il creuse les âmes. En les creusant, il les rend capables de désirer. »

Un maître contemporain de vie spirituelle, Jean Khoury, insiste sur l’importance de notre demande à Dieu du don de son Esprit. Il le résume dans une « lettre à l’Esprit Saint » où il donne la parole à Jésus (pur procédé littéraire et non locution intérieure, précise-t-il) : « Il est nécessaire de demander, car en demandant, vous creusez en vous une place pour ce que je vous donne. »
« Avant de demander, tu prends conscience d’un besoin en toi, d’un manque que tu souhaites combler. Tu prends conscience aussi que je peux te donner mon Esprit, que je suis présent à toi et que je t’aime et que je veux t’aider et me donner à toi. Demander l’Esprit alors est une opération qui va creuser en toi encore plus de place. Plus on y met de désir, plus la place qu’on creuse en soi est grande. »

Ce manque et ce creux de nos prières, c’est la place préparée en nous pour l’Esprit Saint, la place que Dieu désire occuper, dès aujourd’hui, en réponse à notre Magnificat.

Prière à l’Esprit Saint

« Esprit de Dieu, Esprit de Vie, tu es en nous cette force, cette voix qui nous conduit à choisir ce qui dure plutôt que ce qui passe, ce qui unifie plutôt que ce qui divise, ce qui apporte la joie plutôt que la tristesse ou le regret. Affermis nos choix pour qu’ils construisent une société plus juste et plus fraternelle. Creuse en nous le désir pour que notre vie déjà s’unifie dans la tension vers toi qui seul peux combler ce désir. Viens, Esprit de Dieu ! »
(prière des Fraternités monastiques de Jérusalem,
trouvée ici)

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