Le bienheureux père Lataste, béni par ses « anges du péché »

Un nouveau bienheureux ce dimanche 3 juin à Besançon, le père Jean-Joseph Lataste. Il est français, fondateur en 1866 des Dominicaines de Béthanie, une congrégation célèbre pour son recrutement à la porte des prisons. Cette inspiration lui était venue deux années plus tôt en prêchant une retraite aux détenues de la prison de Cadillac-sur-Garonne (Gironde), sa bourgade de naissance.

Le père Jean-Joseph Lataste, fondateur des Dominicaines de Béthanie.

Je ne sais trop comment rendre hommage à l’action du père Lataste. Au premier chef, le bénir pour son intuition d’accueillir la vocation religieuse de délinquantes et criminelles repenties. Et de mêler, dans une vie toute donnée au Seigneur et une vie communautaire, des “réhabilitées” et des religieuses classiques. « Je désire, écrivait-il en 1866 à la première supérieure de la congrégation, Mère Henri-Dominique, que nulle excepté vous ne sache de nos enfants la cause ni la durée de leur détention. Il faut que le passé soit absolument enterré, mis dans la tombe ; qu’il n’y soit jamais fait allusion devant qui que ce soit, mais seulement en confession et en direction, entre vous et elles. »

Dans un deuxième mouvement, il me faut rendre grâce pour l’accueil que ces religieuses surent réserver il y a dix ans à un jeune étudiant préparant le concours de Normale Sup’ (mon fils aîné), dans leur couvent de Saint-Sulpice-de-Favières. Enfin, ma troisième intention en ce jour est de remercier le père Lataste pour le magnifique film de Robert Bresson inspirée en 1943 de l’œuvre accomplie par cette congrégation : “Les anges du péché”. Film que m’a fait connaître mon autre fils, le plus jeune, féru de cinéma.

Voir ce film, c’est peut-être, avec notre action de grâces en ce dimanche, la meilleure façon de célébrer le père Lataste. Dialogues de Giraudoux, mise en scène de Bresson. Autant dire le ciseau de deux maîtres sculpteurs. Et que saisissent-ils avec cet outil ? Les clairs-obscurs de la sainteté.

Deux des personnages principaux du film, interprétés par Renée Faure (à g.) qui joue Anne-Marie, et Silvia Monfort, interprète d’Agnès.

L’histoire est la suivante : Anne-Marie, jeune fille élevée bourgeoisement entre au couvent des Dominicaines de Béthanie avec le désir d’y prier pour la réhabilitation des détenues. Un jour, elle entend parler de Thérèse, prisonnière et oiseau farouche, enfermée dans son malheur et son refus de Dieu. Elle la rencontre à la maison d’arrêt, servant la soupe et malmenée par une gardienne. L’embrasse sans un mot. Sa peine accomplie, Thérèse sort de prison. Exerce cette vengeance qui lui broyait l’âme : tuer l’ancien amant. Puis vient se réfugier à Béthanie. Vocation prétexte. De son crime, elle ne dira mot à quiconque… Entre Anne-Marie et Thérèse, naît alors un intense combat spirituel. Jusqu’à l’apparente folie et à la « Passion » d’Anne-Marie.

Jany Holt, l’interprète de Thérèse.

« Film magistral, qui s’attaque à une matière terrible », écrivait l’écrivain et poète Jacques Audiberti au moment de la sortie du film. Il ajoutait, avec les références cinématographiques de l’époque : « Ni la soutane nègre de Raimu dans le Duel, ni le harnachement dominicain de Harry Baur dans Carnet de bal, ni, dans l’ensemble, le film sur le Père de Foucauld, ne nous avaient préparés à un si violent, un si déchirant exposé de ce que pourrait être – celle de Thérèse – une vocation… »

Un grand film, qui bénéficie d’une magnifique distribution : Renée Faure joue Anne-Marie, Jany Holt est l’interprète de Thérèse… Les plus (les très) anciens retrouveront les talentueuses comédiennes que furent également Marie-Hélène Dasté, Paula Dehelly, Silvia Monfort, Mila Parély…

Thérèse la criminelle et sa Sœur combattante Anne-Marie nous renvoient en définitive à Thérèse la sainte : “Aimer c’est tout donner et se donner soi-même”. Une parole à laquelle on conjuguera volontiers celle de la cofondatrice, avec le père Lataste, des Dominicaines de Béthanie, Mère Henri-Dominique : « Aimez vous sans mesure, sans ombre, sans distinctions. La meilleure récompense que vous recevrez sera la Paix. »

Prière  du  Père  Lataste

« O mon Jésus, que je vous aime !
Donnez-vous à moi et donnez-moi à vous !
Identifiez-moi à vous : que ma volonté soit la vôtre !
Incorporez-moi à vous, que je ne vive qu’en vous et pour vous !
Que je dépense pour vous tout ce que j’ai reçu de vous
sans en rien garder pour moi-même !
Que je meure à tout pour vous !
Que je vous gagne des âmes ! »

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