Les “tradis” et le Cœur immaculé de Marie

C’est l’un des aspects de l’agacement que suscite chez moi le mouvement traditionaliste / intégriste. A tout instant, ses responsables et ses fidèles en appellent au Cœur immaculé de Marie pour les aider à sortir de la crise qu’ils ont provoquée avec Rome – notamment à propos de la réception du concile Vatican II. Rome dont ils espèrent ainsi la « conversion à la Tradition » (sic).

Pour obtenir cette victoire par le Cœur immaculé de Marie, ils lancent régulièrement dans leurs rangs des croisades du Rosaire, comptabilisant les millions d’ « Ave Maria » égrenés par les fidèles (130 millions pour la dernière). Des prières dites la plupart du temps, et pour cause, avec un débit de mitraillette peu compatible avec la méditation des mystères de la vie du Christ. L’important, ce serait donc le nombre ? Une variante des espérances va-t’en-guerre d’hier – « Nous vaincrons parce que nous sommes blindés de rosaires »… ?

L’autel du Cœur immaculé de Marie, refuge des pécheurs, également dit « de l’Archiconfrérie », à Notre-Dame des Victoires. Autel privilégié. Lieu de grâces et de bénédictions pour tous ceux qui viennent y prier. Photo DS/SC

Qu’on me comprenne bien : j’ai la plus totale confiance dans le Cœur immaculé de Marie pour avancer sur le chemin de ma conversion personnelle, et bien sûr pour obtenir par les mérites de notre très Sainte Mère la conversion des pécheurs, selon la vocation propre à l’archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires.
Mais je suis convaincu que de tels assauts des tenants de la tradition sont vains lorsqu’ils visent :
1/ à faire la leçon au Vatican et à l’Eglise qu’ils qualifient de « conciliaire », bref au Successeur de Pierre – lui qui, ne l’oublions jamais, a reçu du Christ le pouvoir « de lier et de délier » (1), lequel pouvoir n’appartiendra jamais à des sectateurs manifestant leur opposition au Saint-Père ;
2/ à édicter des normes de performance, essentiellement comptables, susceptibles d’assurer le succès de la cause « tradie ».

Enfin, il est tragique et en même temps logique de constater que l’espérance des tenants de cette « Tradition » figée dans le refus du concile, les a conduits à rejeter globalement tout ce qui est venu ensuite et en particulier, tout ce qui est venu de Jean-Paul II. Ainsi refusent-ils d’envisager que la consécration de la Russie au Cœur immaculé de Marie, demandée par la Vierge Marie à Sœur Lucie et faite par Jean-Paul II en 1982 et 1984, ait pu produire ses effets, même faite de façon voilée (2). Ainsi persistent-ils à réclamer cette consécration de la Russie comme devant être la solution miracle à la plupart des maux du monde et de l’Eglise !

Qu’avait-dit Jean-Paul II le 25 mars 1984 à Rome, dans cet acte de consécration qui reprenait en partie les mots déjà prononcés par lui le 13 mai 1982 à Fatima ? « (…) Reçois l’appel que, mus par l’Esprit Saint, nous adressons directement à ton Cœur, et avec ton amour de mère et de servante du Seigneur, embrasse notre monde humain, que nous t’offrons et te consacrons, pleins d’inquiétude pour le sort terrestre et éternel des hommes et des peuples. Nous t’offrons et te consacrons d’une manière spéciale les hommes et les nations qui ont particulièrement besoin de cette offrande et de cette consécration (…) ». Cette dernière phrase englobait évidemment la Russie communiste, alors championne toutes catégories en matière de persécutions contre toutes les sortes de « dissidence », et notamment de  persécutions contre les chrétiens.

Que s’est-il passé après cet acte de consécration très catholique ? Quelques années plus tard, le joug imposé sur des centaines de millions de personnes par l’Union soviétique et son parti communiste tombe définitivement, à l’occasion d’une crise qui se joue en trois actes et trois dates marquant clairement l’intercession « catholique » de la Vierge Marie.

Premier acte : le 22 août 1991, fête de Marie Reine dans la liturgie catholique (fête du Cœur immaculé de Marie pour la Tradition !). C’est le jour de l’échec du putsch conduit par des ultraconservateurs communistes contre Mikhail Gorbatchev, éminent acteur de la libération des peuples du joug soviétique en tant qu’inventeur de la « perestroika » devenu en 1990 président de l’URSS. En partie grâce à la résistance manifestée par le président russe, Boris Eltsine, ces putschistes sont arrêtés sans violence (cependant l’un d’eux, ne voulant pas être arrêté, se suicide) ; le même jour est rédigé le décret d’interdiction du parti communiste d’Union soviétique. Il s’agit donc du 1er acte de la fin de l’URSS.

Deuxième acte : le 8 décembre 1991, fête de l’Immaculée-Conception dans la liturgie catholique. C’est la date officielle de la naissance de la Communauté des états indépendants (CEI) par suite de la signature du traité de Minsk ; le deuxième acte donc de la fin de l’URSS.

Troisième acte, le 25 décembre 1991. A tout Seigneur, tout honneur, c’est donc le jour où les catholiques fêtent la naissance du Sauveur du monde, Jésus-Christ (les orthodoxes célébrant Noël le 7 janvier), que Mikhail Gorbatchev donne sa démission de président de l’Union soviétique. Avec cette démission, l’URSS disparaît totalement sur le plan institutionnel. C’est bien la fin du pouvoir communiste issu de la révolution de 1917. La persécution des Eglises, et en particulier de l’Eglise orthodoxe russe, n’a plus de raison d’être.

Trois dates catholiques éminemment symboliques pour la chute de l’Union soviétique ouvrant sur une Russie et une orthodoxie libérées du communisme… Et il ne s’agirait pas de la réponse adressée par « la Bergère Notre-Dame » – la Vierge Marie –, au bon berger du Vatican, le pape Jean-Paul II ? De fait, la « Tradition », butée dans son opposition à Rome et au concile Vatican II, refuse toujours d’envisager que la Miséricorde divine ait pu ainsi faire son œuvre à l’heure de « l’Eglise conciliaire ».

  • (1) « Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? » Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » En réponse, Jésus lui dit : « Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié. » (Mt 16:15-19)
  • (2) Comment le pape polonais aurait-il pu faire autrement ? Sauf à prendre le risque de braquer lourdement des responsables orthodoxes encore fragiles dans leurs relations tant avec le pouvoir communiste qu’avec l’Eglise romaine ?

Prière

« Seigneur Jésus-Christ,
Par le Cœur immaculé de Marie uni à ton Sacré-Cœur, nous te demandons d’éclairer nos frères et sœurs qui s’écartent du magistère de l’Eglise au nom d’une “Tradition” arrêtée et scellée par eux il y a cinquante ans. Puissent-ils entendre l’appel du Saint-Père à la réconciliation et à l’unité et rejoindre enfin, dans la confiance, l’unique troupeau que tu veux paître avec le Père, dans l’Esprit Saint. Toi qui vis et règnes, pour les siècles des siècles. Amen »

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