Prêtres de Jésus-Christ

En ces temps d’ordination, difficile de ne pas y penser. Que deviendront les prêtres nouvellement ordonnés, quelle sera leur vie ? Eux qui (re)présentent Jésus-Christ et le donnent à leurs frères et soeurs jour après jour, trouveront-ils toujours chez les fidèles l’aide dont ils ont besoin ?

Chez ceux qui assisteront encore ces jours-ci à une messe d’ordination, comme ce samedi 30 juin à Paris (Notre-Dame, à 9h30), ou à une première messe (les douze nouveaux prêtres réunis à Notre-Dame des Victoires, mardi 3 juillet – 12h15), une prière s’imposera nécessairement: « Seigneur, fais de ces nouveaux prêtres des saints ! »

Le dimanche 24 juin, à la cathédrale Saint Louis, les PP. Xavier Giraud et Charles-Henry Huguet ont été ordonnés au sacerdoce ministériel par Mgr Aumonier, évêque de Versailles.

Prière déjà partagée, ce lundi 25 juin au soir, dans cette petite église du diocèse de Versailles où le P. Xavier présidait sa première eucharistie. Beau choix pour inaugurer son ministère : une messe votive au Saint-Sacrement, où chacun pouvait rendre grâce au Seigneur pour ce triple don : le salut en Dieu qui s’est fait homme, l’eucharistie, le ministère sacerdotal.

Heureux prêtres… Oui, rendons grâce à Dieu puisqu’ils nous donnent de goûter le repos (1) du Seigneur et cheminent ainsi, « in persona Christi », vers la sainteté. Leur fonction même de prêtre leur dessine cet horizon de sainteté. Ils y aspirent. Mais nous-mêmes, passé ce temps de leur ordination, y aspirons-nous assez avec eux et pour eux ? Prions-nous régulièrement à cette intention ?

Trouver la force de surmonter les chichis et les chicanes… « Ah ! il a fait ci, ah il a dit cela !… L’autre jour, il s’est emporté devant moi !… Tu as vu quel vent je me suis pris avec le curé ? A force de vouloir être tout à tous, il finit par n’être présent à personne… »

La sainteté des prêtres ! Cette question remuait fort le patron de tous les prêtres du monde (2), le curé d’Ars, aux heures où l’ingratitude des hommes – qui pesait sur « l’enchaîné au confessionnal » qu’il était – prenait le pas sur la joie de son union intime avec le Seigneur. Alors, le Christ aux douleurs et aux outrages transparaissait dans ses propos, et la responsabilité de son ministère l’étreignait d’un saint effroi. Au point qu’il fut tenté plusieurs fois de fuir ses paroissiens pour aller « pleurer sa pauvre vie » dans un lieu retiré.

Dans ses catéchismes, il s’écriait avec émotion :  « Non ! Non, il n’y a rien au monde de si malheureux qu’un prêtre ! A quoi passe-t-il sa vie ? A voir le bon Dieu offensé. Toujours son saint nom blasphémé ! toujours ses commandements violés ! toujours son amour outragé ! Le prêtre ne voit que cela, il n’entend que cela… Il est toujours comme saint Pierre au prétoire de Pilate, il a toujours sous les yeux Notre-Seigneur insulté, méprisé, raillé, couvert d’opprobres… Les uns lui crachent au visage, les autres lui donnent des soufflets ; d’autres lui mettent une couronne d’épines ; d’autres frappent sur lui à grands coups. On le pousse, on le jette par terre, on le foule aux pieds, on le crucifie, on lui perce le cœur… Ah ! si j’avais su ce qu’était un prêtre, au lieu d’aller au séminaire, je me serais bien vite sauvé à la Trappe. » (3)

Vu de notre époque relativiste, de tels propos pourront paraître excessifs, voire « doloristes », ce qui conduit certains à contester le modèle sacerdotal présenté par le curé d’Ars. Mais il n’y a là, véritablement, que la sainteté à l’œuvre chez un homme d’autant plus exceptionnel qu’il paraissait le moins taillé de tous pour le ministère de curé. Lui-même le reconnaissait. Et s’il disait par ailleurs la grâce extraordinaire qu’il lui était donné de vivre – qui ne connaît son « Oh que le prêtre est quelque chose de grand ! »… ? – il tenait aussi des propos pessimistes sur le ministère du curé, que rapporte l’un de ses petits neveux, Joseph Vianey, en 1905 (4).

Des curés, « combien ont été canonisés ? » s’exclamait-il devant ceux qui lui étaient le plus proche. « – Presque point. Aucun peut-être. Ce saint était moine ; celui-là missionnaire ; d’autres laïcs ; beaucoup, évêques ; et cependant le nombre des évêques est infime pour le nombre de curés. Ni saint Vincent de Paul, ni saint François régis ne voulurent rester curé jusqu’au bout… Mais aussi, quelle tâche ! C’est la réflexion, l’oraison, l’union intime avec Dieu qu’il faut au prêtre. Or, le curé vit dans le monde ; il cause, il fait de la politique, il lit les journaux, il s’en remplit la tête ; puis, il va lire le bréviaire, il va dire la messe, et alors, il fait cela, hélas ! comme une chose ordinaire. Et la confession ! Et les sacrements ! Ah ! que c’est effrayant d’être curé ! »

L’abbé Desgenettes, curé de Notre-Dame des Victoires de 1832 à 1860. Photo DS/SC

L’un de ses contemporains, l’abbé Charles Desgenettes – qui releva le sanctuaire de Notre-Dame des Victoires en remettant son ministère entre les mains de la Vierge immaculée –, cultivait peu ou prou les mêmes sentiments. Ainsi ne désirait-il toujours pas, dix ans après son ordination, devenir curé.  

Ayant été vicaire de Saint-Martin d’Argentan, il s’en ouvrit en septembre 1815, au père de Clorivière qui travaillait à la restauration en France de la Compagnie de Jésus, et venait d’ouvrir un noviciat rue des Postes, à Paris. Charles Desgenettes, depuis longtemps attiré par la vie religieuse, pensait alors « se faire jésuite ». 

Grâce à Dieu, l’abbé Desgenettes devint curé. Sur la suggestion du P. de Clorivière, les deux prêtres célèbrèrent l’un et l’autre une messe à cette intention pour obtenir du Seigneur l’aide espérée. Après avoir rendu grâce, ils se retrouvèrent. Le verdict du P. de Clorivière fut sans appel : « Il faut absolument que vous renonciez pour toujours à votre projet… Dieu veut que vous soyez curé, c’est ainsi que vous ferez plus de bien… » (5)

Autre temps, autre mœurs, celui où les vocations de prêtres étaient encore nombreuses ? De fait, ne pas devenir curé est aujourd’hui un luxe pour celui qui n’en sent pas la vocation. Les prêtres sont d’ailleurs formés principalement dans ce but, à commencer par ceux de la communauté Saint-Martin, ce qui nous permet de recueillir ce propos éclairant de don Louis-Hervé Guiny, chargé de la formation des prêtres au sein de la communauté Saint-Martin : « La vie du prêtre doit être articulée sur trois piliers : un piler paulinien, c’est-à-dire missionnaire ; un pilier pétrinien, c’est-à-dire pastoral ; et un pilier johannique, c’est-à-dire contemplatif » (6) . De fait, le curé d’Ars était tout cela : missionnaire, pétrinien et johannique, vivant de façon éminente les tria munera dévolus au prêtre, que résumera le concile Vatican II (cf. Presbyterorum ordinis) : enseigner, sanctifier et gouverner.

En 2012, la société tout entière est bien consciente de la difficulté et de la grandeur du ministère de prêtre. Dans une époque assombrie par les conduites déviantes de quelques prêtres mal taillés pour leur charge, il est plus que jamais nécessaire de prier à l’intention de tous les prêtres, et de préférence en recourant, comme l’a fait Benoît XVI, à l’intercession de la Vierge Marie.

C’est l’émouvant privilège du pasteur universel. Il lui est revenu de consacrer tous les prêtres du monde au Cœur immaculé de Marie, le 12 mai 2010, à Fatima.

Prions cependant pour qu’un maximum de prêtres reprennent à leur compte cet acte de consécration, comme le feront d’une certaine façon les nouveaux prêtres parisiens mardi 3 juillet à Notre-Dame des Victoires (messe à 12h15), où Marie est vénérée en son Cœur immaculé depuis 175 ans. Et associons-nous à la prière du Saint-Père, conscients que nous sommes de la puissance du Cœur immaculé de Marie à l’œuvre aujourd’hui comme hier dans l’histoire et auprès de toutes celles et ceux qui aiment le Dieu unique, Père, Fils et Saint-Esprit.

  •  (1) Le « repos » du Seigneur plutôt que le « repas » ? Histoire de nous souvenir que l’Eucharistie est – bien au-delà du « repas » – un sacrifice qui nous fait entrer dans le repos et la paix du Christ mort et ressuscité pour notre salut.
  • (2) Jean-Marie Vianney, patron de tous les curés, n’a pas été formellement proclamé « patron de tous les prêtres du monde », comme cela avait d’abord été envisagé à Rome, mais comme Benoît XVI le rappelait encore, en 2010, lors d’une audience au Vatican, « [Jean-Marie Vianney] fut un exemple de vie apostolique, non seulement pour les prêtres
 mais pour les laïcs, tout particulièrement pour ceux qui travaillent dans le vaste champ de la charité ».
  • (3) « Le bienheureux curé d’Ars », par Joseph Vianey, 1905, pp.173-174
  • (4) Ibidem
  • (5) A lire « L’abbé Desgenettes, curé de Notre-Dame des Victoires », brochure disponible à la librairie du Cœur immaculé de Marie, place des Petits-Pères (75002)
  • (6) « Famille chrétienne », n°1797, 23-29 juin 2012

 Prière du pape Benoît XVI : acte de consécration au Cœur immaculé de Marie pour les prêtres (12 mai 2010 à Fatima).

« Mère Immaculée, en ce lieu de grâce, convoqués par l’amour de ton Fils Jésus, Grand et Eternel Prêtre, nous, fils dans le Fils et ses prêtres, nous nous consacrons à ton Cœur maternel, pour accomplir fidèlement la Volonté du Père.
Nous sommes conscients que, sans Jésus, nous ne pouvons rien faire de bon (cf. Jn 15, 5) et que, seulement par Lui, avec Lui et en Lui, nous serons pour le monde des instruments de salut.
Épouse de l’Esprit Saint, obtiens-nous l’inestimable don d’être transformés dans le Christ. Par la puissance même de l’Esprit qui, étendant sur Toi son ombre, t’a rendue Mère du Sauveur, aide-nous afin que le Christ, ton Fils, naisse aussi en nous. Que l’Église puisse ainsi être renouvelée par de saints prêtres, transfigurée par la grâce de Celui qui fait toutes choses nouvelles.
Mère de Miséricorde, c’est ton Fils Jésus qui nous a appelés à devenir comme Lui : lumière du monde et sel de la terre (cf. Mt 5, 13-14).
Aide-nous, par ta puissante intercession, à ne jamais trahir cette sublime vocation, à ne pas céder à nos égoïsmes, aux séductions du monde et aux suggestions du Malin.
Préserve-nous par ta pureté, garde-nous par ton humilité et enveloppe-nous de ton amour maternel, qui se reflète en de nombreuses âmes consacrées à toi, devenues pour nous d’authentiques mères spirituelles.
Mère de l’Église, nous, prêtres, nous voulons être des pasteursqui ne paissent pas pour eux-mêmes, mais qui se donnent à Dieu pour leurs frères, trouvant en cela leur bonheur. Non seulement en paroles, mais par notre vie, nous voulons répéter humblement, jour après jour, notre « me voici ».
Guidés par toi, nous voulons être des Apôtresde la Miséricorde Divine, heureux de célébrer chaque jour le Saint Sacrifice de l’Autel et d’offrir à tous ceux qui nous le demandent le Sacrement de la Réconciliation.
Avocate et Médiatrice de la grâce, Toi qui es entièrement immergée dans l’unique médiation universelle du Christ, demande à Dieu, pour nous, un cœur complètement renouvelé, qui aime Dieu de toutes ses forces et serve l’humanité comme toi-même tu l’as fait.
Redis au Seigneur cette parole efficace : « ils n’ont pas de vin » (Jn 2, 3),
afin que le Père et le Fils répandent sur nous, comme dans une nouvelle effusion l’Esprit Saint.
Plein d’émerveillement et de gratitude pour ta présence continuelle au milieu de nous, au nom de tous les prêtres, moi aussi je veux m’exclamer : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 43)
Notre Mère depuis toujours, ne te lasse pas de « nous visiter », de nous consoler, de nous soutenir. Viens à notre secours et libère-nous des dangers
qui nous menacent. Par cet acte d’abandon et de consécration,
nous voulons t’accueillir de façon plus profonde et radicale, pour toujours et pleinement, dans notre existence humaine et sacerdotale.
Que ta présence fasse refleurir le désert de nos solitudes et briller le soleil
sur nos obscurités, qu’elle fasse revenir le calme après la tempête, afin que chaque homme voie le salut du Seigneur, qui a le nom et le visage de Jésus,
réfléchi dans nos cœurs, pour toujours unis au tien !
Ainsi soit-il  »

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