Marie, refuge des pécheurs : retour aux sources

« Tu nous as fait pour toi Seigneur et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en toi » (Confessions I,1,1).

Cette phrase de saint Augustin nous établit dans la vocation qui est celle de tout chrétien, de vivre un cœur à cœur avec Notre-Seigneur. Par Marie, il nous est donné d’avancer vers ce but ultime en surmontant toute « inquiétude ». Ce à quoi nous aide Notre-Dame des Victoires, en ouvrant le pécheur repentant à une espérance et une assurance nouvelles, en Jésus-Christ. La grâce du Cœur immaculé de Marie « Refuge des pécheurs ».

De saint Augustin, « docteur de la grâce », nous pouvons voir à Notre-Dame des Victoires le plâtre sculpté par Bernard-Jean Duseigneur (1849) qui a remplacé le marbre sculpté par Jean-Baptiste Pigalle, disparu à la Révolution. Saint Augustin brandit un cœur enflammé par l’Amour divin. Photo DS/SC

Impossible de ne pas repérer, en France même, deux grands sanctuaires consacrés à la Vierge Marie, Refuge des pécheurs : avec Notre-Dame des Victoires à Paris, celui de Notre-Dame du Laus, dans le diocèse de Gap. L’un et l’autre pourraient sans doute faire une place privilégiée à saint Ephrem, docteur de l’Eglise (fêté le 9 juin) (1). De fait, sauf à disposer de lumières plus précises, c’est à lui que reviennent la grâce et l’honneur, dès le IVe siècle, d’avoir trouvé ce titre de « refuge des pécheurs ».

Dans l’une de ses œuvres où il loue de façon litanique la Sainte Vierge, saint Ephrem s’écrie en effet : « Salut, refuge et secours des pécheurs » (2). Dans un autre, selon saint Alphonse de Liguori (« Les Gloires de Marie », chap. 3), il s’exclame : « Recevez mes hommages, ô Marie, ô l’espérance de mon âme, le salut assuré des chrétiens, le refuge des pécheurs, le rempart des fidèles et le salut du monde entier ! »

Venant après saint Ephrem le Syrien, Saint Augustin (« l’Algérien »), patron en second de la basilique de Notre-Dame des Victoires, a écrit, dans ses sermons que « Marie est l’unique espérance des pécheurs », ou « l’unique ressource des pécheurs ». Il est naturellement au premier rang des maîtres et modèles que se sont donnés les Augustins déchaussés de Notre-Dame des Victoires (3).

A la suite de saint Augustin et de saint Ephrem, de nombreux théologiens et mystiques insistent sur cette dimension maternelle de Marie, refuge des pécheurs. Pour saint Albert le Grand, Marie est une « ville forte », pour saint Jean de Damas, une « cité de refuge » (4). Ainsi, la Vierge bénie, Cité de Dieu parce qu’elle est la mère du Christ, offre au pécheur qui se repent sûreté et protection.

Au XIIe siècle, saint Bernard n’est pas en reste avec son « Souvenez-vous » dont l’expression même caractérise Marie comme un refuge, elle qui ne refuse jamais l’ « abandonné ». Bien évidemment, elle ne le fait pas hors de Jésus-Christ, mais après et avec lui, et avec la bonté et la douceur même qui ont plu à Dieu : selon saint Bonaventure, cité par saint Alphonse-Marie de Liguori dans « Les Gloires de Marie » (dans la partie où il commente le « Salve Regina », prière datant du XIe siècle), « quelque irrité que soit le Seigneur contre un pécheur, si Marie le prend sous sa protection, elle parvient à le sauver ». La Vierge Marie aurait reçu ce privilège insigne, comme Mère de Miséricorde, de venir à bout « des âmes rebelles et endurcies que, malgré tout leur zèle, missionnaires, prédicateurs et confesseurs se voient forcés d’abandonner », affirme encore saint Alphonse-Marie de Liguori.

Dans la foulée de saint Bonaventure, au Moyen-Age, sainte Gertrude rapporte dans ses révélations privées ce propos de notre Seigneur adressé à la sainte Vierge : « Dans ma toute-puissance, ô ma Mère, je vous ai accordé le pardon de tous les pécheurs qui implorent pieusement le secours de votre bonté. Il leur sera fait miséricorde de telle manière que bon vous semblera. » (Sainte Gertrude, « Le Héraut », livre 4, chap. 51).

  •  (1) « Salut, ô Vierge sainte, agréez mes louanges.
 Salut, lumière splendide, étoile radieuse.
 Salut, vous qui avez miraculeusement engendré le Roi de l’Univers. Salut, joie du monde et consolation du genre humain.
 Salut, beauté des martyrs et couronne de tous les saints.
 Salut, paradis de délices et charme des mortels.
 Salut, libératrice de ceux qui sont battus par la tempête.
 Salut, source de la grâce et de la consolation.
 Salut, refuge et secours des pécheurs.
 Salut, splendeur radieuse des siècles.
 Salut, ô trône glorieux de notre Créateur.
 Salut, espérance de tous les justes.
 Salut, médiatrice entre Dieu et les hommes.
 Salut, sceptre qui commandez à tous, porte du Ciel et clef du paradis.
 Salut, mère admirable du Christ, notre très doux Jésus, à qui convient tout honneur et toute gloire avec le Père et l’Esprit Saint, dans les siècles des siècles. »
    A noter, à titre de « curiosité mystique » : le mot « refuge » est exactement au milieu de ce texte.
  • (2) Curiosité mystique, encore : le 9 juin, fête de saint Ephrem, est une date éminente dans la vie de deux grandes figures de Notre-Dame des Victoires, sainte Thérèse de Lisieux (son Acte d’offrande) et l’abbé Desgenettes (son ordination sacerdotale) ; leur ardent désir d’œuvrer avec Marie à la conversion des pécheurs aurait-il été déjà en germe sous le très surnaturel patronage de saint Ephrem ?
  • (3) Etablis dans ce quartier du Mail (ancien terrain consacré au jeu de paume), où ils achètent dès 1628 six arpents (2 hectares) pour construire leur couvent et son église ; expulsés à la Révolution.
  • (4) « Cité de refuge » renvoie implicitement aux six villes de refuge de l’Ancienne Alliance (Nb 35, 9-15) où les délinquants et « meurtriers involontaires » pouvaient se 
retirer, afin d’échapper à la peine qu’ils avaient encouru.

Prière : le « Souvenez-vous » de saint Bernard

« Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu’on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance ou réclamé votre secours, ait été abandonné.
Animé d’une pareille confiance, ô Vierge des vierges, ô ma Mère, je viens vers vous, et gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. Ô Mère du Verbe incarné, ne rejetez pas mes prières, mais écoutez-les favorablement et daignez les exaucer. Amen »

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