Marie, refuge des pécheurs, à Notre-Dame des Victoires (I)

Marie, donc, intercède pour les pécheurs (lire notre post du 6 juillet)… Marie conçue sans péché.

Quand Louis XIII, patronnant l’établissement parisien des Augustins déchaussés, pose la première pierre de Notre-Dame des Victoires, le dimanche 9 décembre 1629 – la veille, samedi 8 décembre, Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris, a béni la croix sur le lieu de fondation, en présence des trente religieux du couvent – c’est avec la volonté de célébrer le privilège de la « sacrée », comme on disait souvent à l’époque, ou « immaculée conception » de la Vierge Marie (225 ans avant la proclamation du dogme). Marie, « reine conçue sans péché », comme l’indique l’inscription sur  la corniche au-dessus du chœur des moines: « Regina sine labe concepta ».

Dans l’abside, sur la corniche : « Regina sine labe concepta ».

Le roi a une profonde dévotion pour la Vierge Marie. Il n’a cessé de la prier d’intercéder pour son royaume, à Notre-Dame des Vertus en périphérie de la capitale (Aubervilliers), où il s’est rendu en humble pèlerin, et jusque sur les lieux de ses combats. Et de façon plus intense lors du siège de La Rochelle qui lui permet de mettre fin à la rébellion protestante et de rétablir dans le pays l’unité et la paix.

Cette foi en Dieu et cet amour de la Vierge le poussent, dès 1630, à rédiger une première version du Vœu national par lequel, huit années plus tard, il consacrera son royaume, sa personne et tout son peuple, à la Vierge Marie – c’est-à-dire très exactement « à Dieu, rabaissé jusqu’à nous, par Marie élevée jusqu’à Lui ».

Est-il légitime de mêler ainsi la guerre et la foi, comme l’a fait le roi de France ? diront les uns. Est-il illégitime d’invoquer Marie au milieu de nos épreuves ? répondront les autres.
Il y a tant de précédents ! Par exemple, la fête de Notre-Dame de la Victoire a été établie par le pape Pie V pour commémorer la victoire de Lépante – en Grèce – en 1571, par laquelle une coalition d’armées chrétiennes l’emporta sur la flotte ottomane.

Pie V, pape dominicain, faisait prier le Rosaire partout en prévision de cet affrontement. La bataille décisive a lieu le dimanche 7 octobre, précisément aux heures où le Pape voit défiler en procession sous ses fenêtres les confréries du Rosaire. De façon surnaturelle, le pape a connaissance, ce même dimanche, de la victoire et en avertit ses conseillers. La confirmation viendra quelques jours plus tard. Avec le successeur de Pie V, Grégoire XIII, la fête de Notre-Dame de la Victoire devient bientôt Notre-Dame du Rosaire, fêtée chaque 7 octobre.

Louis XIII, en choisissant pour sa fondation le nom de Notre-Dame des Victoires, s’inscrit dans cette filiation de Lépante où l’arme déterminante, contrairement aux apparences, est la prière. C’est elle qui fait pencher la balance du bon côté. Nous connaissons l’heureuse expression de Jeanne d’Arc : « Les soldats guerroient, Dieu donne la victoire », que l’on pourrait ainsi actualiser de Lépante à Notre-Dame des Victoires : « Les fidèles prient, Dieu donne la victoire ». Puisque les pécheurs sont des deux côtés, n’est-il pas légitime de remettre victoire et défaite, grâces et pénitence à la sainte volonté du Seigneur, seul à connaître le fond des cœurs ?

Lépante avait été une victoire face à l’adversaire ottoman, dont l’expansion et l’influence religieuse n’avaient cessé de croître jusque-là en Méditerranée. La Rochelle, pour le roi, a aussi cette dimension de victoire sur l’infidèle opposant protestant soutenu par l’Angleterre. La grâce obtenue renforce naturellement le souverain dans sa foi, dans la conviction de défendre la vraie foi, qui ne peut être séparée de la construction de Notre-Dame des Victoires. Cette église où les cœurs inquiets, comme l’était avant sa conversion celui de saint Augustin, sont impatients de trouver la paix du Christ.

(A suivre…)

Prière de saint Augustin

« Aime, et ce que tu veux, fais-le ! Si tu te tais, tais-toi par amour ; si tu parles, parle par amour ; si tu corriges, corrige par amour ; si tu pardonnes, pardonne par amour. Aie au fond du cœur la racine de l’amour ; de cette racine ne peut rien sortir que de bon. »

(Saint Augustin, Commentaire de la première épître de Jean, traité VII, 8)

 

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