Marie, refuge des pécheurs, à Notre-Dame des Victoires (II)

A Notre-Dame des Victoires, le pécheur a rendez-vous avec cette vérité de Dieu qui se révèle dans la prière et à travers cette prière elle-même.

Un humble augustin déchaussé, Frère Fiacre de Sainte-Marguerite, va en faire l’expérience. En 1631, peu après son entrée dans la communauté, il a alors, 22 ans, il tombe malade. Soigné par ses frères, il découvre que le monastère a une pharmacie bien achalandée grâce à la reine Anne d’Autriche, qui fournit aux religieux les remèdes dont ils ont besoin. Le cœur plein de reconnaissance, Frère Fiacre, recouvrant ses forces, décide de prier pour la reine et pour le roi, pour que cesse leur désunion et qu’ils donnent à la France un dauphin.

Il va être fidèle à cette prière pendant six ans… (s’il arrive que des nouveaux convertis se plaignent de ne pas être exaucés aussi vite qu’ils le souhaiteraient qu’ils prennent patience, et suivent l’exemple de Frère Fiacre). Et cette fidélité touche le cœur de la Reine des cieux.

Le 3 novembre 1637, alors qu’il prie dans sa cellule, Frère Fiacre voit la Vierge Marie lui apparaître tenant dans ses bras « l’enfant qu’elle veut donner à la France », le futur Louis XIV, qui sera prénommé Louis Dieudonné. 

3 novembre 1637 : en prière dans sa cellule, Frère Fiacre voit la Vierge Marie lui apparaître.

Cette grâce insigne accordée à un couple royal en souffrance (1) serait-elle le présage de celles à venir, pour les couples et les familles, à Notre-Dame des Victoires, avec la toute nouvelle intercession (depuis 2011) des bienheureux Louis et Zélie, parents de sainte Thérèse de Lisieux, précisément pour ces couples et ces familles (2) ? Les années à venir nous le diront.

Le mariage de Louis XIII et d’Anne d’Autriche est célébré à Bordeaux le 21 novembre 1615. Ils sont âgés l’un et l’autre de 14 ans.

La carrière de Frère Fiacre commence. On va l’appeler « le grand prieur des rois », il fait neuvaines et pèlerinages selon les demandes des souverains. Cotignac, en Provence, devient un haut lieu de leur dévotion – son église, Notre-Dame des Grâces fut en effet le cadre de la vision accordée en 1637 à Frère Fiacre (son cœur y repose aujourd’hui).

Le religieux augustin va vivre les années glorieuses du règne de Louis XIV dans une prière humble et constante pour son pays et pour la conversion de ceux qui lui sont confiés ; il est là en 1666 pour la bénédiction du chœur et l’installation à demeure du Saint Sacrement. Nous n’en sommes plus à la chapelle provisoire et pas encore à l’église d’aujourd’hui. Car il faudra 111 ans pour que la construction soit achevée, avec le 5e architecte, Sylvain Cartaud, et c’est finalement le 13 novembre 1740 que l’église sera consacrée par Mgr Hyacinthe Le Blanc, lui-même moine augustin.

Il faut du temps pour triompher du péché. Il faut du temps pour entendre ce que Marie demande aux pécheurs à Notre-Dame des Victoires.
Frère Fiacre, encore lui, nous y aide. Envoyé par le roi en Italie, il est malmené par une tempête dans le golfe de Gênes et doit aborder au port de Savone. Il en profite pour aller au sanctuaire de Notre-Dame de Savone où Marie est invoquée comme Mère de Miséricorde.

Touché par l’aventure de ce paysan italien qui reçut de la Vierge en 1536 un appel à la prière et à la pénitence, en particulier au jeûne, il convainc Anne d’Autriche d’importer en France, si l’on peut dire, cette dévotion à Notre-Dame de Savone. La reine donne l’argent pour l’achat de la statue. Celle-ci, d’abord prévue pour un nouveau couvent montmartrois, est cependant refusée par l’abbesse du lieu. La reine promet donc de lui aménager une chapelle à Notre-Dame des Victoires.

Le projet aboutit après la mort d’Anne d’Autriche grâce au zèle du ministre Colbert. La chapelle est bénite le lundi de Pâques 2 avril 1674. « Très Sainte Vierge, vous qui par votre apparition dans la  Vallée de Saint-Bernard, avez apporté la joie aux justes et l’espérance aux  pécheurs, je vous supplie de la leur faire sentir aux uns et aux autres, quand ils vous invoqueront dans cette église, que vous avez choisie pour y être honorée comme Mère de  Miséricorde », proclame alors Frère Fiacre devant ses frères augustins déchaussés.

Depuis lors, la Vierge est honorée dans cette chapelle, à l’orient de l’église de Notre-Dame des Victoires, à la fois comme « Refuge des pécheurs » et comme « Mère de Miséricorde » (3). C’est déjà cette dimension de la Miséricorde divine, par Marie immaculée, tant exaltée après 1836 par l’abbé Charles Desgenettes, et plus tard par saint Maximilien Kolbe, qui se fait jour.

A sa mort en 1684, Frère Fiacre, est regardé comme un saint par les Parisiens. A Notre-Dame des Victoires, la vie conventuelle se poursuit jusqu’à la Révolution. Mais dans la vie spirituelle des Français, le 18e siècle n’est pas le plus glorieux. Comme l’illustre la demande reçue du Christ par sainte Marguerite-Marie le 17 juin 1689, Dieu ne dédaigne pas que César Lui rende ce qui Lui appartient. Mais cette reconnaissance et cette adoption demandée à Louis XIV de la dévotion au Sacré-Cœur n’est pas honorée par le roi. Si une date doit marquer dès lors – en la meurtrissant – cette France dont Marie demeure la Reine, c’est plutôt, cent ans plus tard, jour pour jour, celle du 17 juin 1789… avec la transformation des Etats-Généraux en Assemblée nationale à Versailles, point de départ de la Révolution française.

Les pécheurs l’emportent alors. Ils ne viennent plus se réfugier à Notre-Dame des Victoires sinon dans le but d’en faire un refuge pour le péché : un curé constitutionnel en 1791, le culte supprimé en 1793 puis l’affectation de l’église d’abord à une société populaire (apparentée, semble-t-il, à la franc-maçonnerie) puis à la Bourse des valeurs de 1796 à 1809.

On enlève de la façade la référence à Notre-Dame des Victoires, l’église est appelée «des Petits Pères » : aveu des pécheurs eux-mêmes, qui ont conscience, dans leur malignité, que la Vierge Marie est étrangère à ce qui arrive !
A cette époque, les très belles statues de saint Augustin et de Notre-Dame de Savone disparaissent, échangées par le musée des Monuments français que dirige Alexandre Lenoir contre d’autres statues ayant à ses yeux plus de valeur. Elles ne seront jamais retrouvées.

La réconciliation intervient en 1809. Notre-Dame des Victoires est rendue au culte. Mais la paroisse ne parvient pas à revivre et la Révolution de 1830 accentue encore la perte du sentiment religieux dans la plupart des paroisses. Et c’est dans ce moment de grande misère spirituelle que s’inscriront les apparitions de la Vierge Marie à Catherine Labouré, rue du Bac, prémices des grâces qui seront accordées, quelques années plus tard, à Notre-Dame des Victoires, sous l’égide de l’abbé Desgenettes.

  • (1) Louis et Anne furent mariés très jeunes, en novembre 1615, ayant l’un et l’autre tout juste 14 ans ; cette précocité forcée, l’attachement à l’Espagne de la jeune reine, l’apprentissage douloureux des responsabilités pour le roi les éloignèrent durablement l’un de l’autre.
  • (2) Intercession inaugurée depuis 2004 au sein de l’archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, via le registre des « Familles Sainte Thérèse », ouvert pour l’inscription familiale.
  • (3) Auparavant c’est la statue de Notre-Dame de Montaigu (Scherpenheuvel, près de Louvain), qui était vénérée par les Augustins déchaussés, sur le maître autel installé entre la nef et le chœur des moines, dans un petit temple en bois sculpté. Ce souvenir de la Vierge de Louvain, patronne des étudiants, a été restauré il y a quelques années à Notre-Dame des Victoires à travers une messe annuelle pour les étudiants préparant les examens.

Prière (actualisation de l’invocation proposée aux familles inscrites à l’archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires)

« Notre-Dame des Victoires, mère au Doux Sourire, et vous bienheureux Louis et Zélie, pour l’amour de la petite Thérèse, votre fille, faites briller dans nos âmes, et dans celles de nos enfants, la Sainte Face de Jésus. »

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