Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires : l’appel du recteur au renouveau

Réconfortante annonce du recteur de la Basilique de Notre-Dame des Victoires, samedi dernier, en la fête de Notre-Dame du Rosaire et à l’orée de l’Année de la FoiLe père Hervé Soubias a en effet signifié son intention de réveiller quelque peu une fée qui s’était légèrement assoupie (ces dernières années), l’archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, en favorisant son développement international, préservé par ses statuts de 2006 d’« association privée de fidèles » – statuts ayant succédé selon la volonté de l’archevêque de Paris à ceux de la vénérable association érigée en archiconfrérie par la papauté (le pape Grégoire XVI, en 1838).

A l’orient de la basilique, l’autel où la Vierge Marie est vénérée en son Cœur immaculé, Refuge des pécheurs. Photo DS/SC

Que faire de cette archiconfrérie (l’association de 2006 conservant l’usage du terme) ?
En vérité, la question se pose depuis des années.
Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, le lien avec l’inspiration d’origine de l’Abbé Desgenettes (3 décembre 1836) s’était un peu distendu. On ne parlait plus guère du Cœur immaculé de Marie, refuge des pécheurs – la dimension du « cœur », dimension affective, dimension d’engagement, d’abandon, d’offrande, s’effaçait. On parlait plutôt de la valeur universelle de toute prière adressée à la Vierge Marie qui intercède pour ses enfants. On oubliait quelquefois de rappeler le puissant lien existant entre la Miséricorde divine et cette union de prières demandée par la Vierge Marie pour la conversion des pécheurs.

Enfin « demandée ». Après tout, cette locution intérieure reçue par l’Abbé Desgenettes : « Consacre ta paroisse au très saint et immaculé Cœur de Marie », qu’en savait-on ? Que valait cette inspiration ? Etait-elle bien réelle et venait-elle bien du Seigneur ? Certes, ce mouvement des cœurs pour la conversion des pécheurs – notre association de prière – s’enracinait dans les apparitions de la Vierge Marie à sainte Catherine Labouré, rue du Bac en 1830, et dans le don de la Médaille miraculeuse, et il portait des fruits de grâce et de miséricorde impressionnants, dont témoignent les volumes des Annales de l’archiconfrérie et leurs récits de conversions, ainsi que les ex-voto qui habillent l’intérieur de la basilique.

Certes, cette dévotion au Cœur immaculé de Marie fut confirmée par les apparitions de la Vierge à Fatima et les messages délivrés par la suite à Sœur Lucie (notamment sur la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois). Et pour les plus curieux de cette histoire sacrée où se reconnaissent les signes de la Miséricorde de Dieu, il était impressionnant de mesurer, par exemple l’effet de la consécration du monde au Cœur immaculé de Marie par le pape Pie XII, le 31 octobre 1942, depuis Fatima, qui fut relayée par les ondes radios et coïncida avec le tournant de la guerre (1). Mais aussi l’effet de cette consécration réitérée par Jean-Paul II sur la Russie et la fin de l’Union soviétique (2). Ce même Jean-Paul II qui manifesta si heureusement sa confiance dans le Cœur immaculé de Marie, à Lourdes en 1983, à la veille de l’Assomption (3).

Bref, le Cœur immaculé de Marie, malgré ses mérites, malgré sa puissance d’intercession, paraissait à beaucoup dans l’Eglise, il y a quarante ans, une dévotion vieillie, dépassée. Intellectuellement, théologiquement, il satisfaisait peu les nouvelles générations de prêtres désireux de gommer les pommes de discorde avec les frères protestants et soucieux d’un christocentrisme théologiquement pur de toute dévotion mariale jugée « pieusarde ». Aussi, les chaises tournées vers l’autel de Notre-Dame des Victoires, orient devenu douteux pour les responsables du sanctuaire, devaient disparaître. Quelques bancs allaient subsister cependant dans cette « orientation », du côté de saint Augustin.

Bien évidemment, le Cœur immaculé de Marie n’en quittait pas pour autant la paroisse – les dons de Dieu sont sans repentance ! et Notre-Dame des Victoires en fait partie, depuis Louis XIII et les Augustins déchaussés. Et aujourd’hui comme hier, le Cœur de Marie nous appelle à découvrir le Christ et à répondre à son amour.

Les membres de notre association le savent car ils le vivent : le lien passé par le fidèle devenu, pourrait-on dire, un associé de ce Cœur immaculé, refuge des pécheurs, est vivifié au quotidien par la prière. C’est dans la fidélité aux sacrements de l’Eglise, mais aussi en priant avec constance selon l’engagement pris lors de son inscription que chaque membre de notre association grandit dans sa vie chrétienne et dans ce que l’on peut sans doute appeler, à la suite d’une Sœur Marie de la Trinité, son «sacerdoce personnel ».

Dans l’archiconfrérie, il ne s’agit pas de réparer et de souffrir en cultivant états d’âme ou postures doloristes. Il s’agit tout simplement de s’offrir, jour après jour, et dans l’espérance du jour le plus beau, celui où chaque membre de notre association «trouvera », ou plutôt « rencontrera », son éternité.

Il me semble en effet que chaque membre de l’archiconfrérie est attendu par notre Seigneur Jésus-Christ, à la prière de Notre-Dame des Victoires, à un certain point d’offrande de lui-même, à travers l’exercice fidèle de son engagement de prière et l‘aide apportée à la vie de l’Eglise.

Louis et Zélie Martin accueillent les pèlerins dans la chapelle qui leur est dédiée à Notre-Dame des Victoires. L’autel contient des reliques des bienheureux époux. Photo DS/SC

Mais arrêtons-nous un instant sur cette offrande personnelle par laquelle chaque chrétien répond à sa vocation, selon le sacerdoce commun des fidèles mis en valeur dans Lumen Gentium. A Notre-Dame des Victoires, nous avons la chance de pouvoir suivre les modèles que nous offrent sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face et ses bienheureux parents, Louis et Zélie Martin (4). Ainsi celui qui scrute un instant la vie de sainte Thérèse voit bien qu’elle s’est offerte une multitude de fois au Seigneur, qu’elle n’a cessé même de s’offrir dès que sa jeune conscience a perçu la beauté de l’idée de sacrifice fait pour l’amour du Christ.

La petite Thérèse a aimé dès son plus jeune âge rechercher le Seigneur et répondre du mieux possible à son amour, elle a dû combattre aussi l’influence et les suggestions du Mauvais, notamment lors de ses 10 ans qui virent sa guérison par l’intercession de Notre-Dame des Victoires. Puis, ce qu’on a appelé sa « course de géant» l’a conduite, successivement, à s’agenouiller devant le Pape pour lui demander l’autorisation d’entrer au Carmel à 15 ans, puis à s’offrir à Dieu comme novice, jeune professe, religieuse carmélite ayant prononcé des vœux définitifs.

Que se passait-il dans son cœur, que pensait-elle à chacune de ses étapes ? Nous en avons une idée par ses écrits. Et cependant, le sommet de la « vie sacerdotale » de Thérèse, vécue selon l’unique sacerdoce du Christ, auquel elle était configurée depuis son baptême, nous savons bien qu’il était encore à venir. Et ce fut cet extraordinaire « Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux » du dimanche 9 juin 1895, fête de la Sainte Trinité, à la suite duquel elle s’unit si profondément, à la fin de sa vie, à la prière sacerdotale de Jésus (5). A partir de ce jour, où elle « rencontra » véritablement, à notre avis, son éternité, Thérèse de Lisieux pouvait dire, avec cette confiance surnaturelle qui marque les deux dernières années de sa vie, vécues dans la nuit et la nudité de la foi : « Dans l’Eglise, je serai l’amour ».

Alors, bien sûr, les membres de l’archiconfrérie sont des chrétiens ordinaires, des pécheurs, ils ont des hauts et des bas, mais ils partagent avec sainte Thérèse cette vocation de s’offrir de tout leur cœur au Christ par Marie. Avec cette assurance : la Vierge Marie, Notre-Dame des Victoires, a reçu leur désir de vaincre un tant soit peu le péché, en eux et autour d’eux, et elle en fait une affaire personnelle, une affaire de toute sa personne, à la mesure de la confiance et de l’amour que ceux qui s’unissent à sa prière ont pour le Seigneur Jésus, à la mesure aussi de leur vénération pour leur Mère bien aimée, qui a si bien retenu, médité et vécu la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité.

Ceci pour dire que l’engagement pris par les membres de l’archiconfrérie, si simple soit-il – un « Je vous salue Marie » quotidien pour la conversion des pécheurs, et aux intentions de l’Eglise et du Pape –, est un engagement important, même s’il n’est pas pris « sous peine de péché », pour celui qui s’en écarterait.

La Vierge Marie, refuge des pécheurs, ne cesse d’encourager tous ceux qui ont désiré s’unir à elle dans l’offrande de la prière quotidienne et qui le traduisent, en particulier, dans la méditation du Rosaire. Elle est pour chacun de nos associés la Mère des grâces et des miséricordes. A la suite du Christ, sur le chemin qui mène au Cœur du Christ, elle se tient à leurs côtés. Ainsi répond-elle, nous semble-t-il, à l’engagement pris par les membres de l’archiconfrérie.

Ces membres sont quelques milliers aujourd’hui, en France et à l’étranger. Puissent-ils entendre l’appel au renouveau que leur adresse le curé-recteur de Notre-Dame des Victoires. Un appel auquel ils pourront répondre, de façon privilégiée, le 4 mai 2013, date de rassemblement proposée aux membres de notre association de prière, à l’heure de rendre grâce pour le 175e anniversaire de l’archiconfrérie.

  • (1) Le rapport des forces, jusque-là favorable à l’Allemagne nazie, brusquement, se renverse : le 2 novembre 1942, deux jours après cette consécration, les troupes de Montgomery font enfin reculer celles de Rommel à El Alamein ; le 4 novembre, l’armée de Rommel se retire vaincue. Et tout s’enchaîne : le 8 novembre, les Alliés débarquent en Algérie et au Maroc. Sur le front de l’Est, le 19 novembre, Joukov, lance son offensive décisive ; le 23, les Russes encerclent Stalingrad, occupée par les Allemands.
  • (2) Consécration faite en deux temps par le Pape : le 13 mai 1982 à Fatima et 25 mars 1984 à Rome. Lire à ce sujet notre post du 18 juin 2012, « Les tradis et le Cœur immaculé de Marie ».
  • (3) En pèlerinage à Lourdes, le 14 août 1983, le Pape termine ainsi sa prière à Marie : « O Marie, obtiens pour ces frères et sœurs de France les dons de l’Esprit Saint, afin de donner une nouvelle jeunesse, la jeunesse de la foi, à ces chrétiens et à leurs communautés, que je confie à ton Cœur Immaculé, à ton amour maternel. »
  • (4) Nous ne savons pas si la famille Martin fut inscrite à l’archiconfrérie (comme elle le fut, par exemple, à partir de 1885, à celle de la Sainte Face), si nous connaissons cependant sa grande dévotion pour Notre-Dame des Victoires.
  • (5) Lire à ce sujet le livre de Baiba Brudere (Cerf, 2007) : « Je me sens la vocation de prêtre. Enquête sur le sacerdoce commun chez Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face ».

Prière de l’abbé Desgenettes, curé de Notre-Dame des Victoires (1832-1860)

« O très sainte et auguste Marie, jetez du haut du ciel un regard de protection et d’amour sur vos enfants réunis au pied de votre autel. Notre intention, sainte Mère de miséricorde, est d’honorer, par un culte de vénération, d’amour, et de confiance, votre très saint et immaculé Cœur, d’adorer avec lui et par lui, la Très Sainte Trinité, le Divin Cœur de Jésus, et d’implorer, au nom de notre archiconfrérie, par votre toute puissante intercession auprès de Dieu, la grâce de notre conversion et celle de tous les pécheurs. O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. »

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