Jésus, la Samaritaine et la nouvelle évangélisation

Comme beaucoup, j’ai été touché par le Message final du synode romain sur la nouvelle évangélisation, en date du 26 octobre dernier. Un message bâti autour de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (Jn 4 :5-30).

Mais, bien évidemment, mon prisme personnel a joué, y observant l’absence de réflexion sur un élément central de ce passage d’évangile : la réflexion que le Christ fait à la Samaritaine sur son « mari ».

On pourra m’objecter : ce blog c’est « suivre le Christ avec Marie », pas « avec mari » !

Précisément. Jésus a grandi dans une famille et en bon fils du Père éternel, il ne conçoit pas la croissance et l’accomplissement des âmes sans l’« homme et femme il les créa » de la Genèse. L’homme et la femme appelés à faire, en Lui, Jésus, « une seule chair» selon la volonté du Créateur.

Jésus, Marie, Joseph : des époux, une famille. En Christ, une seule chair.

« Appelle ton mari » dit Jésus à la Samaritaine… « Je n’ai pas de mari », répond celle-ci à Jésus, qui précise : « Tu as bien fait de dire : “Je n’ai pas de mari” car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ».

Marie a elle aussi reçu de Dieu un « mari », dans sa singularité immaculée, pour assumer le don par excellence, celui de la personne du Christ. Et faire en sorte d’offrir au monde l’Unique, le Verbe fait chair avec l’aide et l’appui aimants de Joseph comme père, époux, éducateur.

A l’Annonciation, il nous est dit que l’ange apparaît à la « fiancée » d’un homme « nommé Joseph, de la maison de David » (Lc 1 :26-27) ; Marie s’est donc engagée. Mais à l’ange, elle répond droitement, selon sa vocation divine : « Je ne connais pas d’homme ».

Entre la Samaritaine et la Vierge Marie, le péché s’oppose parfaitement à la grâce, le désordre humain à l’ordre surnaturel. Mais le salut est en marche, à l’œuvre, dès lors que l’une et l’autre regardent en vérité l’engagement vers lequel le Seigneur n’a de cesse de les projeter, pécheresse ou Toute sainte.

C’est assez frappant. Au moment où Il révèle à la Samaritaine qu’en Lui, Jésus, réside le salut, le Christ désigne le point central et crucial, le point incarné de ce salut : l’accomplissement conjugal et donc familial qui devrait être celui de cette femme.

En Marie, l’accomplissement conjugal et familial est consubstantiel à son « fiat », son «oui» à la grâce et la mission d’engendrer le Sauveur.

Jésus, avant d’annoncer à la Samaritaine le chemin la vérité et la vie, lui demande de reconnaître ce qui la blesse, ce qui est mal ordonné dans son existence personnelle.

A Marie, il n’est demandé que de reconnaître et d’accepter dans sa propre vie le Seul Saint, pour le donner aux hommes.

Pardon pour ces observations un peu longues. Mais elles sont importantes à mes yeux dans l’optique de la nouvelle évangélisation.

Depuis Vatican II, en effet, il est parfaitement clair que l’amour conjugal est une «vocation chrétienne » à part entière (Gaudium et Spes, 48,4 ; 49,2 ; 52,7).

Or, au moment de conclure le synode, le point 7 du Message final, « Evangélisation, famille et vie consacrée », loin de redire la centralité de la vocation chrétienne du mariage, se contente de considérations générales :
– « (…) nous devons avoir un soin particulier pour la famille et pour sa mission dans la société et dans l’Église, en développant des parcours d’accompagnements spécifiques avant et après le mariage »;
– « (…) l’amour du Seigneur n’abandonne personne [à propos notamment des divorcés-remariés], (…) l’Église les aime aussi et reste une maison accueillante pour tous, (…) ils demeurent membres de l’Église même s’ils ne peuvent recevoir l’absolution sacramentelle et l’Eucharistie. Que les communautés catholiques soient accueillantes envers ceux qui vivent ces situations, et qu’elles favorisent des chemins de conversion et de réconciliation»;
– « Jésus ne se présente pas simplement à la Samaritaine comme celui qui donne la vie, mais comme celui qui donne la “vie éternelle” (Jn 4,14). (…) le sens ultime de notre vie est au-delà de ce monde, dans cette communion pleine avec Dieu que nous attendons à la fin des temps.
 De cet horizon supraterrestre du sens de l’existence humaine, ceux qui ont été appelés à la vie consacrée par le Seigneur sont particulièrement témoins dans l’Église et dans le monde ».

De fait, ces extraits, si on les compare au chapitre premier de Gaudium et Spes (Dignité du mariage et de la famille, points 47 à 52), traduisent une vision minorée et pour tout dire quasi absente du mariage en tant que « vocation chrétienne», jusque dans son respect d’une « procréation à la mesure de l’homme », incluant donc la vertu de chasteté, « pratiquée d’un cœur loyal » (GS 51,3).

A l’heure où l’institution du mariage est battue en brèche, notamment en France, l’Eglise ne devrait-elle pas dire ou redire que le mariage chrétien et donc sacramentel est la vocation chrétienne la mieux partagée, la plus répandue dans le monde, et que cette vocation conjugale est susceptible, tout autant que les vocations à la vie consacrée et au ministère sacerdotal, de conduire les baptisés non seulement au salut, mais à la sainteté ?

On me rétorquera que l’Eglise, en ceci, reste prudente, qu’elle n’éteint pas la mèche qui fume, ne brise pas le roseau froissé des couples vivant leur amour loin de l’Eglise… Qu’elle ne veut pas effrayer par des exigences qui pourraient paraître «insurmontables» à ceux qui ne se confient pas à la miséricorde divine.

Il me semble, au contraire, qu’une pastorale de l’engagement et de la sainteté du mariage, présentée sans équivoque et sans dissimuler les combats spirituels que les époux seront susceptibles de vivre, et ce sans la déprécier au regard des vocations à la vie consacrée, serait un atout pour la nouvelle évangélisation.

Deux extraits, pour finir, tirés de Gaudium et Spes. Ils rendent compte de cette dignité éminente du mariage :
– « Pour faire face avec persévérance aux obligations de cette vocation chrétienne, une vertu peu commune est requise : c’est pourquoi les époux, rendus capables par la grâce de mener une vie sainte, ne cesseront d’entretenir en eux un amour fort, magnanime, prompt au sacrifice, et ils le demanderont dans leur prière. » (GS 49,2)
– « Enfin, que les époux eux-mêmes créés à l’image d’un Dieu vivant et établis dans un ordre authentique de personnes, soient unis dans une même affection, dans une même pensée et dans une mutuelle sainteté, en sorte que, à la suite du Christ, principe de vie, ils deviennent, à travers les joies et les sacrifices de leur vocation, par la fidélité de leur amour, les témoins de ce mystère de charité que le Seigneur a révélé au monde par sa mort et sa résurrection. (GS 52,7)

Prières aux bienheureux Louis et Zélie Martin

Les bienheureux époux Martin dans leur chapelle de Notre-Dame des Victoires, à Paris. Photo DS/SC

« Bienheureux Louis et Zélie Martin, vous qui dans votre vie de couple et de parents, avez donné le témoignage d’une vie chrétienne exemplaire, par l’exercice de votre devoir d’état et la pratique des vertus évangéliques, nous nous tournons vers vous aujourd’hui. Que l’exemple de votre confiance inébranlable en Dieu et de votre abandon constant à sa volonté, à travers les joies mais aussi les épreuves, les deuils et les souffrances dont votre vie a été jalonnée, nous encourage à persévérer dans nos difficultés quotidiennes et à demeurer dans la joie et l’espérance chrétienne. Amen. »

« Dieu, qui nous as donné dans les bienheureux Louis et Zélie Martin un exemple de sainteté vécue dans le mariage, regarde les familles de notre temps et affermis-les dans ton amour ; donne aux jeunes de trouver en elles le soutien dont ils ont besoin pour écouter ta voix et répondre à ton appel ; soutiens de ta force les personnes malades et âgées ; par l’intercession de Notre-Dame des Victoires que Louis et Zélie Martin ont tant aimé prier, nous te présentons notre intention … ; veille sur nous et fais-nous entrer déjà dans ton règne d’amour. Amen. »
(prière de la neuvaine pour les familles à ND des Victoires)

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