Epoux chrétiens : non « maîtres de la vie » mais « gardiens de ce don incomparable de Dieu »

De Benoît, XVI, en la fête de la Sainte Famille, ce dimanche 30 décembre 2012 (Angélus) : « L’amour, la fidélité et le dévouement de Marie et Joseph sont un exemple pour tous les époux chrétiens, qui ne sont pas les amis ou les maîtres de la vie de leurs enfants, mais les gardiens de ce don incomparable de Dieu. »

La Sainte Famille. Photo DS/SC

La Sainte Famille,  à Notre-Dame des Victoires (photo DS/SC).

« Amis ou maîtres de la vie » des enfants : l’expression serait presqu’anodine si elle ne recouvrait l’enfer pavé de bonnes intentions auxquels nous confrontent les tenants du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels.

Ardent à se manifester dans ce registre, le philosophe Michel Serres (et dans son sillage une ministre du gouvernement), s’est par exemple livré dans divers médias, depuis octobre, à une tentative de prise d’otage de la Sainte Famille.

Insistant sur la virginité de Marie et le caractère adoptif de la paternité de Joseph, le philosophe commente : « Dans la Sainte famille, on fait l’impasse tout à la fois sur la filiation naturelle et sur la reconnaissance pour ne garder que l’adoption. L’Eglise, donc, depuis l’Evangile de saint Luc, pose comme modèle de la famille une structure élémentaire fondée sur l’adoption : il ne s’agit plus d’enfanter mais de se choisir. A tel point que nous ne sommes parents, vous ne serez jamais parents, père et mère, que si vous dites à votre enfant “je t’ai choisi”, “je t’adopte car je t’aime”, “c’est toi que j’ai voulu”. Et réciproquement, l’enfant choisit aussi ses parents parce qu’il les aime. » Et le philosophe d’en conclure : « Pour moi, la position de l’Église sur ce sujet du mariage homosexuel est parfaitement mystérieuse : ce problème est réglé depuis près de 2000 ans. Je conseille à toute la hiérarchie catholique de relire l’Evangile selon Saint-Luc, ou de se convertir ».

Certes, Michel Serres, dans ce thème de « l’adoption » chrétienne soulevé avec un brin de provocation, semble développer lui aussi l’idée du « gardien » plus que du « maître » de la vie (qui la possède et s’arrange avec elle). Faux-semblant, tant il est clair que son propos, bien que puisant apparemment dans l’évangile, ne vise certes pas à garantir et protéger l’origine humaine et divine de toute vie, la filiation divine caractéristique de notre humanité, mais à manipuler cette vie et cette humanité à son gré.

Passons sur la manière dont il évacue « la reconnaissance » de cette filiation inscrite dans la lignée de David et spécifiée dans les évangiles (négligeant celle de la mère du Messie, il va jusqu’à dire que la famille de Jésus « rompt complètement avec la généalogie antique », puisant dans l’Ecriture ce qui l’arrange, en bon sophiste). Il nous reste à rappeler à Michel Serres quelques évidences. Et d’abord qu’il y a aimer et aimer (éros et agapè).

Que fait-il, en premier lieu, de l’amour charnel pour lequel homme et femme ont été créés en vue de procréer (Gn1:26-27 ; Gn 2:21-25) ? Que fait-il en second lieu de l’amour en Christ des époux qui traverse les évangiles, principal gage d’une écologie familiale sain(t)e et durable, cet amour dont l’Eglise n’a de cesse de proclamer qu’il est à l’image de l’amour du Christ pour son Eglise ?

Gérard Leclerc, pour France Catholique et Radio Notre-Dame, a bien situé l’une des tentations de Michel Serres – « il ne s’agit plus d’enfanter », affirme le philosophe dans son plaidoyer pour la famille adoptante – tentation d’aller vers « le gnosticisme avec sa phobie de la chair et des relations charnelles qui voudrait précisément détacher l’apparition du nouveau-né de cette incarnation » (celle de Jésus-Christ, rejoignant et transfigurant toutes les autres, la mienne, la vôtre). Et d’ajouter : «Michel Serres concède tout de même que Marie est la mère naturelle de Jésus mais dans sa propre logique gnostique, il conviendrait sans doute que les choses se soient passées en dehors du ventre de la mère. Pardon mais si l’on va jusqu’au bout de l’exclusion de la chair, c’est l’utérus artificiel qui se profile ».

Horizon tragique d’une post-humanité livrant le vivant à tous les trafics et délires possibles. Nouveau paradigme d’hommes et de femmes devenus étrangers aux dons de Dieu dans sa Providence, par leur rêve de maîtriser et contrôler tant la/leur vie que la/leur mort.

A ces nouveaux démiurges prêts à développer une fabrique du vivant à travers la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui en faveur des couples homosexuels, je voudrais soumettre ce qui est pour moi une leçon essentielle de l’incarnation du Fils de Dieu – et de son inscription dans la trinité père-mère-enfant.

Elle nous montre, à travers les personnes de Marie et de Joseph, à quelle sainteté nous sommes appelés, cette sainteté que nous aurons du mal à accueillir si nous n’agissons pas en fidèles « gardiens de ce don incomparable de Dieu » que représente toute vie humaine, comme le disait dimanche Benoît XVI.

Jésus sanctifie l’humanité qu’Il a créée en prenant, pourrait-on dire, mère, père et “chair” (mot dont la racine grecque « sarx » – « caro » en latin –, voisine avec celle de «chara», la joie, et « charis » la grâce). En accueillant, selon sa vocation divine, une mère parfaitement chaste, un père parfaitement chaste, une vie parfaitement chaste.

Ce faisant, il nous enseigne sur  une vertu fondatrice de toute « famille sainte » : la chasteté, précisément, dont participe la non-possession ou captation de l’autre, et en particulier de l’enfant. La chasteté qui désigne le règne de la joie et de la grâce dans la chair. Une vertu qui peut faire figure d’idéal pour les humains que nous sommes, marqués par le péché, mais qui ne peut que grandir dans toute vie de couple fondée sur la vérité et l’altérité.

Ainsi que nous le redit le catéchisme de l’Eglise catholique (CEC) : « La charité est la forme de toutes les vertus. Sous son influence, la chasteté apparaît comme une école de don de la personne. La maîtrise de soi est ordonnée au don de soi. La chasteté conduit celui qui la pratique à devenir auprès du prochain un témoin de la fidélité et de la tendresse de Dieu. » (CEC, 2346)

Parler de chasteté, ce n’est pas évoquer l’absence de relations charnelles, mais l’existence de celles-ci dans un climat de profond respect du conjoint, d’amour partagé au service de la vie, dans un don mutuel total des époux, se livrant réciproquement corps et âme à l’être aimé.

Ce don total ordonné à la vertu de chasteté doit transfigurer la vie conjugale et familiale jusque dans les rapports des parents et de l’enfant. A aucun moment, celui-ci ne doit être en effet l’objet ou la victime des désirs irrespectueux ou impurs de l’adulte, et ceci, non seulement pour respecter sa dignité, son équilibre naturel et lui permettre de grandir dans un climat épanouissant, mais parce qu’il est créé et procréé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1:26-27).

Or, il faut s’interroger : comment l’enfant pourrait-il cultiver cette ressemblance dans un climat foncièrement non chaste, marqué par la blessure profonde, la vocation défaillante, biaisée, antinaturelle, fermée à la vie humaine et divine (Gn 2:21-25), et tout ordonnée au plaisir sexuel, que constitue l’homosexualité ? Et ce, dans la dépendance du modèle irréel fourni par le couple homoparental ?

Respecter la vocation naturelle du couple et de la trinité familiale père-mère-enfant, et ce sans appropriation-captation-possession indue de l’autre et en particulier de l’enfant, c’est ce que Dieu nous apprend par le don de son Fils unique, virginalement incarné dans le sein de Marie. Et par le choix, pour époux de celle-ci et père de l’enfant, de Joseph, lui-même « virginal » par sa chasteté et par son respect de ce que représente la filiation divine, éminente chez Jésus – cette filiation néanmoins commune à toutes les êtres humains confessant leur foi au Dieu unique, créateur du monde.

Nous sommes tous des fils et filles de Dieu. Et nous comprenons la grandeur d’une telle appellation si nous méditons un instant sur la beauté, la vérité, la bonté de la Sainte Famille donnée par le Père éternel à son Fils Jésus-Christ.

Ne fallait-il pas au Christ, notre frère aîné, un père et une mère dignes à la fois de sa nature humaine et de sa nature divine, des parents parfaits, des personnes d’exception qui soient pour notre humanité des modèles ? Ne les fallait-il pas pour enseigner et conduire, en famille, sur des chemins de sainteté, les humains imparfaits mais appelés à la divinisation que nous sommes tous, dans le Christ ?

Nous voyons bien là que le projet de Dieu à travers la « sainte famille » humaine s’oppose radicalement à cette quête d’un « droit à l’enfant » revendiqué par les couples homosexuels, via le mariage et l’adoption.

D’entrée, ces couples se situent non dans le don mais dans la prédation. Dans la recherche, non de la sainteté familiale, mais d’une satiété homoparentale qui ne sera jamais comblée tant elle est marquée par des désirs de contrôle, de possession, de captation de l’autre : l’enfant dont on élimine le père ou la mère, à qui on impose, dès l’âge le plus tendre, un déséquilibre psycho-affectif dramatique.

Ainsi comprend-on mieux la demande que fait l’Eglise aux personnes homosexuelles de vivre la chasteté dans la continence [« Les personnes mariées sont appelées à vivre la chasteté conjugale ; les autres pratiquent la chasteté dans la continence » (CEC, 2349)]. Une continence susceptible de leur ouvrir un chemin de grâce, tant pour leur sanctification que pour l’édification de leur entourage. Et ceci d’autant plus lorsque, ayant reçu la grâce de devenir parents, ils doivent assumer la haute responsabilité d’élever un enfant.

Prière
« Jésus, Marie, Joseph, Sainte Famille de Dieu, donnez-nous des familles saintes où l’enfant est aimé, protégé par son père et sa mère des volontés irrespectueuses et impures, élevé comme un frère ou une sœur de Jésus, fils et fille du Père éternel. Protégez ces familles où nous apprenons à vivre en enfant de Dieu, dans l’action de grâces pour l’Auteur de toute vie, Lui qui nous appelle à partager son règne d’amour maintenant et pour les siècles des siècles. Amen. »

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