Vie de l’abbé Desgenettes – II. Les combats du jeune prêtre

Charles Desgenettes. Illustration d'Edmond Morin.

Charles Desgenettes. Illustration d’Edmond Morin.

« Ma théologie, je l’ai faite au fond des bois ! » Devenu curé de Notre-Dame des Victoires, Charles Desgenettes aimera à se rappeler les tracas et les grâces de la période révolutionnaire qui le conduisirent à étudier secrètement les mystères de la foi et de l’Eglise dans un coin reculé du bocage normand.

Alors qu’il vient de fêter ses 25 ans, les obstacles sont enfin levés. Charles entre au grand séminaire de Séez où il continue d’avancer comme il l’a toujours fait: un pied dans la théorie, un autre dans la pratique.

En effet, l’étudiant, le jeune clerc, continue de faire le catéchisme à l’église Saint-Pierre avec la bénédiction du vicaire général. Et lorsqu’il visite les siens à Courtomer, il est réclamé par les familles qu’il a catéchisées depuis l’époque du Directoire, tant et si bien que l’évêque l’autorise à prêcher dans le diocèse, aussi bien à Séez qu’à Mortagne ou Courtomer, bien qu’il soit encore séminariste.

Enfin, le dimanche 9 juin 1805, en la fête de la Sainte Trinité, Charles est ordonné prêtre.

Tout naturellement, l’évêque le maintient d’abord auprès de ceux qui l’aiment pour le bien qu’il a fait : le voici curé de Saint-Lomer, vicaire de Courtomer. Mais le P. Desgenettes est bientôt nommé, au printemps 1806, dans la paroisse Saint-Martin d’Argentan.

Un autre combat l’attend. La paroisse est en effet divisée entre les « partisans » de l’ancien évêque constitutionnel et les catholiques demeurés fidèles à Rome.

  • Restaurer l’unité des fidèles

Le Père Desgenettes, suivant sa nature conquérante, choisit de solenniser les catéchismes, appelant les paroissiens à venir l’écouter à l’église Saint-Germain.

Bien vite, il centre certaines de ses instructions et prédications sur les principes sacrilèges de l’Eglise constitutionnelle. Sa force de conviction porte ses fruits et res- taure l’unité des fidèles, qui ne sera cependant totale qu’après la disparition de l’évêque «jureur».

Le bien ne fait pas de bruit… S’il est un bien auquel le jeune prêtre aspire, et qui ne fait pas de bruit, contrairement à certains de ses prêches, c’est celui d’enseigner la jeunesse. L’idée lui trottait déjà dans la tête au séminaire, alors qu’il donnait des cours de latin à l’un de ses condisciples en difficulté, et qui plus est désargenté.

Mais un devoir l’appelle. Mme Desgenettes vit ses derniers jours. Revenu à Saint-Lomer, Charles lui apporte la consolation espérée. Mieux, il fait droit à sa demande : « C’est toi qui me donneras les derniers sacrements », a-t-elle insisté.

Après la confession au curé de la paroisse, c’est donc l’abbé Desgenettes qui administre à sa mère l’extrême-onction, et c’est lui qui préside aux obsèques.

En ce mois d’août 1807, dans les jours qui suivent la mort de Mme Desgenettes, une jeune fille de la maison où loge le curé témoigne d’une troublante apparition : Mme Desgenettes, en prière, se serait manifestée afin que son fils Charles sache com- bien le Seigneur l’avait exaucé, et elle prononce ces quelques mots à l’intention du jeune prêtre : « Les sacrifices que tu as faits pour moi, à l’heure de ma mort, m’ont beaucoup servi devant Dieu.»

  • Le goût d’enseigner

Ayant repris son activité pastorale à Argentan, l’abbé Desgenettes est bientôt rattrapé par son souci d’enseigner la jeunesse. Il voudrait y consacrer sa vie de prêtre.

Il le fait déjà depuis quelques années, dans son catéchisme et ses prêches. Et voici qu’en 1809, on lui propose la direction d’un collège de L’Aigle. Il saute le pas.

La première année assoit solidement l’œuvre naissante… jusqu’au décret impérial du 11 novembre 1810 qui supprime tous les collèges et institutions ecclésiastiques. Tirant rapidement la leçon de l’événement, le jeune directeur ferme le collège et le met en vente, puis rentre à Argentan.

Déjà, on s’entremet pour lui afin qu’il puisse prendre la direction d’un collège de Séez, malgré sa réputation de prêtre ultramontain (et qui plus est, royaliste). Mais devant les tribulations qui surgissent, Desgenettes abandonne. Retour à la paroisse Saint-Martin, à Argentan. L’année 1811 voit la disparition de son père. Charles sera son dernier confesseur.

Avec la fin du règne de Napoléon Ier, un peu partout en France, les troubles s’accentuent.

En 1813, Argentan voit déferler de nombreux blessés de guerre, mais aussi des prisonniers, et parmi ceux-ci, quelques dizaines de prêtres espagnols. Le typhus s’étant déclaré dans la ville, les hommes de Dieu sont particulièrement menacés. Desgenettes obtient qu’ils soient mieux traités et puissent même contribuer à la vie des paroisses. Lui-même est frappé du typhus qui est à deux doigts de l’emporter.

A cette maladie, le P. Desgenettes attribue les pertes de mémoire qui l’affligeront pendant quelque temps.

  • Mission auprès du Pape

En cette fin d’année 1813, Mgr Baton succède à Mgr de Boischollet, et cette nomination de l’Empereur, comme les autres, viole les lois canoniques.

Le P. Desgenettes est donc chargé par le diocèse d’une mission auprès du Pape, retenu de force à Fontainebleau.

Entrant en contact avec le cardinal Gabrielli, le secrétaire d’Etat de Pie VII, il se voit désigné aussitôt comme administrateur apostolique de l’évêché de Séez. Il refuse mais soumet le nom de l’abbé Levasseur, qui est accepté.

Vient le moment de la chute de l’Empereur et du retour des Bourbons. L’abbé Desgenettes manifeste sa joie dans une procession et un « Te Deum » retentissant.

A cette période, il se préoccupe toujours de ses élèves, un certain nombre de ceux qu’il dirigeait à L’Aigle l’ayant suivi à Argentan. Il voit encore son avenir dans l’enseignement de la jeunesse et décide de se fixer à Séez où une partie de ses élèves sont entrés au séminaire ; il continue d’enseigner les plus jeunes, pourvoyant à leur logement.

Arrivent les Cent-Jours. Avec le retour de Napoléon, le P. Desgenettes est menacé. On l’avertit de son arrestation. Il fuit, habillé comme un laïc – dans des vêtements fournis par M. Rivard, l’un de ses élèves d’une fidélité à toute épreuve et qui le suivra plus tard à Paris avec femme et enfants.

Un boulanger puis une veuve accueillent le prêtre activement recherché par les gendarmes de l’Orne.

C’est finalement au Bon-Sauveur de Caen qu’il trouve asile. Le P. Desgenettes y aura l’occasion de mûrir ce qui fait l’homme de Dieu, et exige le détachement de toute autre cause, fût-ce celle de la monarchie…

Fin des turbulences napoléoniennes : à l’heure de la Restauration, l’ancien vicaire d’Argentan est en plein doute.

Pie VII vient de rétablir la Compagnie de Jésus. Desgenettes aspire à la rejoindre et s’en ouvre au père jésuite Pierre-Joseph de Clorivière, chargé de la réinstallation de la Compagnie en France.

« Je n’ai jamais eu l’intention d’être curé », lui dit-il. Les deux hommes se séparent en se proposant de célébrer chacun la messe du lendemain pour discerner l’appel de Dieu.

A venir : Abbé Desgenettes III. Etre ou ne pas être curé

Sources : j’ai puisé la plupart des éléments constitutifs de cette « Vie de l’abbé Desgenettes » dans le Manuel et les Annales 
de l’Archiconfrérie ainsi que dans les biographies de l’abbé Desgenettes publiées 
par les abbés Desfossés et de Valette en 1860 : « Œuvres inédites de M. Charles-Eleonore Dufriche-Desgenettes, curé de Notre-Dame des Victoires à Paris », 
de M. l’abbé Desfossés, vicaire de la paroisse, édité par A. Levesque ;
 « Notice sur la vie de M. Dufriche-Desgenettes », par E.-A. de Valette.
 Photos: DS/SC

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