Sacerdoce commun

A l’approche de Pâques, les évêques français réunis à Lourdes les 24 et 25 mars derniers nous ont livré deux réflexions très éclairantes et riches sur le concile Vatican II, celle du cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, et celle d’Eric de Moulins-Beaufort, l’un de ses auxiliaires.

De ces communications (1), je voudrais retenir deux éléments auxquels je suis particulièrement sensible, et que résument deux passages extraits de leurs discours.

Pour Mgr Vingt-Trois, ce qu’il dit de l’Eglise dans sa relation au féminin. Pour Mgr de Moulins-Beaufort, ce qu’il dit sur le sacerdoce commun des fidèles baptisés.

1/ Mgr Vingt-Trois et « la condition féminine de l’humanité devant Dieu »

« “Un de corps et d’âme” [14], l’être humain “n’a pas été créé solitaire”, remarque le cardinal-archevêque de Paris, mais solidaire : “dès l’origine, ‘il les créa homme et femme’ (Genèse 1, 27)” [15]. Une anthropologie personnaliste suppose une théologie du corps sexué, du corps social et de l’histoire.

Vatican II a exprimé la prise de conscience ecclésiale de la révolution féministe du XXe siècle. Les déclarations sur l’égalité de condition et de vocation des hommes et des femmes dans la famille, au travail, dans la vie culturelle et politique sont abondantes dans Gaudium et Spes, même si elles portent toujours la marque de leur époque. Je veux souligner davantage un approfondissement théologique qui a demandé beaucoup de travail au Concile.

En couronnant la constitution sur l’Église (Lumen gentium) par un huitième chapitre sur la Vierge Marie, qui en récapitule la doctrine, le Concile a tiré les leçons d’un siècle extraordinaire de développement de la théologie mariale vécue et confessée. De la proclamation de l’Immaculée Conception (1854) à celle de l’Assomption (1950), le “signe de la femme qui enfante” [16] est devenu le signe de l’Église au cœur du monde moderne. Celle qui marche devant nous sur la route de la foi, mère et première des disciples du Christ, révèle la condition féminine de l’humanité devant Dieu.

Détail d'une ancienne chasuble utilisée par les curés de Notre-Dame des Victoires, à Paris. Photo DS/SC

Nous avons vu Jean-Paul II lui confier son ministère de successeur de Pierre – Totus tuus – et chercher à mieux exprimer, à sa lumière, le “génie de la femme”, non seulement pour y reconnaître les traits d’un dessein précis de Dieu qui doit être accueilli et honoré, mais aussi pour lui faire plus de place dans l’ensemble de la vie sociale, et également dans la vie ecclésiale. […] L’Église voit en Marie la plus haute expression du “génie féminin”. » [17]

2/ Mgr de Moulins-Beaufort et le sacerdoce « partagé par tous en tant que baptisés et confirmés »

« Une des innovations de Vatican II a été de définir le sacerdoce commun des fidèles, souligne Mgr de Moulins-Beaufort. Dans le monde catholique cette réalité était connue, tout simplement parce qu’elle est proclamée déjà par saint Pierre et saint Paul mais elle était traitée avec précaution pour éviter toute interprétation luthérienne ou calviniste.

Mais voilà sans doute la réalité dont nous avons tous à nous imprégner, que nous devons tous tâcher de comprendre et de mettre en œuvre. Le sacerdoce est pour l’action, il signifie la capacité d’offrir à Dieu quelque chose qui puisse lui plaire. Les baptisés sont équipés, si l’on peut ainsi parler, pour faire de leur vie une offrande digne de Dieu, à la gloire et la louange de Dieu le Père. Le sacerdoce commun désigne la capacité de faire de toute action, pas seulement dans le domaine religieux mais dans tous les domaines de la vie, un acte d’action de grâce et de louange qui nous met en communion avec Dieu créateur et rédempteur.

Ce sacerdoce est commun, c’est-à-dire partagé par tous, quel que soit leur état ou quelle que soit leur fonction dans l’Église, en tant que baptisés et confirmés. Il ne peut être mis en œuvre que parce qu’il y a dans l’Église un sacerdoce ministériel : c’est par et dans le Christ Jésus en effet et en lui seulement que nous pouvons faire de nos actes une offrande qui plaise à Dieu. C’est parce que l’Église peut célébrer le sacrifice eucharistique, sacrifice du Christ Tête qui s’associe l’Église, son Corps et son Épouse, sacrifice toujours accepté par le Père qui envoie l’Esprit en retour sur nous tous, que nous pouvons oser vivre en envoyés du Christ dans ce monde et tâcher de faire de chacun de nos actes un sacrifice spirituel. Tel est le sens de la messe dominicale, essentielle à la vie de l’Église, essentielle à la vie de chacun de nous pour que notre vie soit ce qu’elle peut être : une offrande « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ».

Cette notion de sacerdoce commun me paraît essentielle pour comprendre et mettre en œuvre ce que l’Église, par le second concile du Vatican, fixe comme tâche à tous ses enfants. Elle unifie pour chacun de nous les différents thèmes que nous avons parcourus ensemble. Elle indique ce que tous les baptisés ont de toujours eu à apprendre au long de leur vie terrestre mais que nous apprenons tout spécialement au moment de l’histoire où nous sommes. Nous vivons dans un monde où il est possible d’être athée, où croire en Dieu est une option et, comme le dit très bien un philosophe canadien, pas l’option la plus probable [4]. Cela veut dire que, s’il est très facile en notre monde présent de se passer de l’idée de Dieu ou de divin, croire en Dieu est possible mais demande un choix qui se traduit lui-même dans une multiplicité de choix au quotidien.

En termes chrétiens, nous pouvons comprendre notre situation ainsi : si nous avons la grâce de croire en Dieu et en Jésus-Christ, son Fils et notre Sauveur, nous recevons aussi la charge de vivre sacerdotalement, c’est-à-dire au nom de tous les autres. Nous partageons les espoirs de tous les hommes, nous sommes engagés, – et les laïcs au premier chef -, dans la construction d’un monde juste, prospère, sûr, pour tous, nous affrontons les mêmes tentations que tous les autres hommes, – tentations de l’orgueil et du désespoir, tentations des concupiscences en tout genre, tentations du pouvoir et de l’argent et du plaisir, mais nous le faisons non pas pour nous seulement mais, dans la lumière du Christ, poussés par son Esprit, aussi pour ramener vers le Christ toutes les réalités humaines et faire monter au nom de tous l’activité humaine en action de grâce et en louange vers Dieu le Père, le Créateur. Car, à travers nos efforts, nos réussites et nos échecs, notre constat d’impuissance et nos quelques succès, nous découvrons que la plénitude que Dieu nous promet est plus grande, plus large, plus vivante, plus belle encore que tout ce que nous nous procurons par nous-mêmes. »

"Ramener vers le Christ toutes les réalités humaines" : Saint Joseph et l'Enfant Jésus, son fils. Photo DS/SC

J’espère qu’il sera possible d’avancer sur ce blog dans ces questions du féminin et des relations homme-femme qu’un certain féminisme rompant avec les bienfaits de la conjugalité et ancré dans une vraie-fausse rivalité avec l’homme (débouchant au final sur une lugubre soumission aux conceptions libertaires les plus attentatoires à la vie), a largement dévoyées depuis cinquante ans.

Grâce à Dieu, Mgr Vingt-Trois nous met sur la piste d’une anthropologie chrétienne rendant à la Vierge Marie ce qui lui appartient, et qui cependant suscite aujourd’hui dans nos sociétés « avancées », du moins est-ce mon sentiment, le mépris d’un grand nombre de femmes et d’hommes, même parmi ceux qui se disent chrétiens. Oui, ne leur en déplaise, Marie « révèle la condition féminine de l’humanité devant Dieu », et comme disait le Bx Jean-Paul II, elle est « la plus haute expression du “génie féminin” ».

J’espère aussi que nous pourrons illustrer la question du sacerdoce commun des baptisés, lequel n’est d’ailleurs pas sans rapport avec certaines revendications « féministes » aujourd’hui dans l’Eglise touchant au sacerdoce des baptisés. Ce sacerdoce commun passe par le renouvellement des promesses de baptême au fil de la vie chrétienne. Il traduit le désir que fait naître le Christ chez le baptisé : aimer comme Il nous a aimés, en donnant tout et en se donnant soi-même.

Prière du Pape Benoît XVI pour la vie naissante

Benoît XVI aux JMJ 2011, en Espagne. Photo HS/SC

« Seigneur Jésus,

qui rends fidèlement visite et comble de ta Présence l’Eglise et l’histoire des hommes;
qui dans l’admirable Sacrement de ton Corps et de ton Sang
nous fais participer à la Vie divine
et nous fais goûter à l’avance la joie de la Vie éternelle;
nous t’adorons et nous te bénissons.
Agenouillés devant Toi, source et amant de la vie
réellement présent et vivant parmi nous, nous te supplions.
Réveille en nous le respect pour toute vie humaine naissante,
rends-nous capables d’apercevoir dans le fruit du sein maternel l’œuvre admirable du Créateur,
dispose nos cœurs à l’accueil généreux de chaque enfant qui se présente à la vie.
Bénis les familles, sanctifie l’union des époux,
rends leur amour fécond.
Accompagne de la lumière de ton Esprit le choix des assemblées législatives,
afin que les peuples et les nations reconnaissent et respectent le caractère sacré de la vie,
de chaque vie humaine.
Guide l’œuvre des scientifiques et des médecins,
afin que le progrès contribue au bien intégral de la personne
et que personne ne pâtisse de suppressions et d’injustices.
Donne une charité créative aux administrateurs et aux économistes,
afin qu’ils sachent comprendre et promouvoir les conditions suffisantes afin que les jeunes familles puissent sereinement s’ouvrir à la naissance de nouveaux enfants.
Réconforte les couples d’époux qui souffrent à cause de leur impossibilité d’avoir des enfants,
et dans ta bonté prends soin d’eux.
Eduque chacun à prendre soin des enfants orphelins ou abandonnés,
afin qu’ils puissent ressentir la chaleur de ton Amour, le réconfort de ton Cœur divin.
Avec Marie ta Mère, la grande croyante, dans le sein de laquelle tu as pris notre nature humaine, nous attendons de Toi, notre unique vrai Bien et Sauveur, la force d’aimer et de servir la vie, dans l’attente de vivre toujours en Toi, dans la communion de la Bienheureuse Trinité.
Amen ! »

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