Saints compagnons

SAINT LONGIN, MARTYR

De sa lance, le centurion Cassius Longinus (Longin) transperce le Coeur de Jésus.
A première vue, il a porté le coup avec la volonté de tuer, et de tuer en soldat romain, c’est-à-dire en se servant de sa main gauche, la droite tenant habituellement le bouclier qui protège le légionnaire au combat. Aussi la lance entre-t-elle dans le coeur après être passée à travers les côtes. Le Coeur de Jésus est transpercé ; du sang et de l’eau s’écoulent de la plaie ouverte à son côté droit.

Quelle a été la motivation de Longin pour porter ce coup ? Saint Jean, dans son évangile, rapporte simplement : « Les soldats vinrent et rompirent les jambes du premier, puis de l’autre qui avaient été crucifiés avec lui. Arrivés à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes, mais l’un des soldats de sa lance lui ouvrit le côté, et il en sortit aussitôt du sang et de l’eau. » (Jn 19, 32-34)

Difficile de ne pas méditer un tel acte, si riche de signification pour l’Eglise (1) !

De la compassion

Mais que voulait donc Longin ? Cherchait-il, sur ordre, à vérifier que le crucifié était bien mort, pour hâter la fin des opérations ? Etait-il animé par un obscur sentiment de compassion qui le poussait à abréger les souffrances du condamné ? Voulait-il seulement piquer le corps martyr pour voir s’il réagissait encore, mettant cependant trop de force dans son coup ? Etait-il animé par un dégoût intime à l’idée de devoir ajouter aux souffrances de ce condamné qui s’était exprimé comme un juste ? Répugnait-il à lui briser les jambes à l’instar ce qui venait d’être fait pour les deux autres crucifiés, le bon et le mauvais larron ?

Toutes ces questions se pressent dans notre esprit, et l’élément le plus paradoxal sans doute de notre réflexion est l’idée que Longin aurait pu éprouver de la compassion pour Jésus en décidant de le frapper à mort ! Et ce, après avoir assisté à sa Passion, entendu ses dernières paroles et notamment celle où Notre Seigneur demande au Père éternel le pardon pour ses bourreaux (Lc 23,34 : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font »). Longin n’étant, de ce point de vue, qu’au premier rang d’une cohorte où figurent tous les pécheurs…

Mais revenons au pied de la Croix. Dans quelques secondes, Longin va être touché par le sang et l’eau qui ont coulé du Coeur de Jésus. Selon la tradition, les mains humides du précieux sang, il va se frotter les yeux, et tout d’un coup il verra clair, tombera à genoux : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (Mc 15, 39). Bienheureux Longin !

Et mystérieux Longin… Sa légende le situe non seulement au Golgotha mais aussi, dans les suites de sa conversion, abandonnant l’état militaire et se laissant instruire par les apôtres avant de passer vingt-huit ans à Césarée de Cappadoce (Turquie). Une région où il aurait tantôt, selon les sources, exercé un ministère de diacre (Bse Anne-Catherine Emmerich), tantôt pris rang dans la succession apostolique, comme évêque (St Grégoire de Nysse).

Cependant une question, veuillez-le lui pardonner, taraude l’auteur de ces lignes : Longin a-t-il cherché à tuer Jésus par compassion ? Autrement dit, a-t-il agi comme d’autres voudraient le faire aujourd’hui, modernes partisans de l’euthanasie ou du « suicide assisté », qui demandent à l’Etat de légiférer sur « le droit de mourir » ?!

Pour tenter de répondre à cette question, écoutons la tradition, fût-elle légendaire – la légende étant littéralement « ce qui doit être lu », et ce qui peut nous enseigner, dans l’Esprit Saint, par-delà la réalité des faits. Interrogeons-nous non seulement sur le soldat Longin, présent au Golgotha, mais aussi sur le chrétien et martyr que nous désirons honorer, ici et maintenant : saint Longin.

Du martyre

La tradition rapporte ainsi son martyre :

« En Cappadoce, Longin convertit beaucoup de monde à la foi par sa parole et ses exemples, mais, refusant de sacrifier à Rome et aux idoles, il fut arrêté sur l’ordre du gouverneur qui lui fit arracher toutes les dents et couper la langue. Cependant Longin ne perdit pas l’usage de la parole ! et saisissant une hache, il brisa toutes les idoles en s’écriant : “Si ce sont des dieux, nous le verrons !”  Les démons, étant sortis des idoles, entrèrent alors dans le gouverneur et tous ses compagnons qui commencèrent à sauter comme des chiens, se livrant à toutes sortes de folies, jusqu’à ce qu’ils vinssent se prosterner aux pieds de Longin. Celui-ci interpella alors les démons : “Pourquoi habitez-vous dans les idoles ?” Ils répondirent : “Là où le Christ n’est pas nommé ni son signe placé, là est notre habitation”. »

Interrogeons-nous sur ces possédés à la raison malade et sur le dialogue spirituel dont ils sont l’occasion. Sous l’empire de leur passion idolâtre, le gouverneur et sa suite sont prêts à toutes les folies, voire toutes les violences. Qui sait ? Ils penseraient peut-être au suicide ou réclameraient la mort, si les démons qui les possédaient ne les en empêchaient, trop heureux d’avoir trouvé où habiter… et trop pressés sans doute d’exciter au meurtre ceux dont ils sont les nouveaux maîtres.

Mais revenons à notre gouverneur. Furieux, il a perdu la vue, conservant cependant un peu de lucidité. Peut-il faire grâce à Longin ? Non pas, au risque de perdre toute autorité face à la puissance romaine dont il est l’exécutant. Mais voici que Longin l’a pris en pitié. Plein de compassion, il lui déclare : « Sache que tu ne pourras être guéri qu’après m’avoir tué. »

Il ajoute : « Aussitôt en effet que j’aurai reçu la mort de ta main, je prierai pour toi et t’obtiendrai la santé du corps et de l’âme. »

Parole choquante ? Longin serait-il suicidaire ? – ce serait oublier qu’il est condamné ; Mais dans son désir de suivre le Christ ne va-t-il pas trop loin ? Non, car si « nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps de Jésus Christ, une fois pour toutes » (He 10 :9-10), nous le sommes aussi dans le sang des martyrs tombés par amour pour Lui et pour son Eglise.

Jésus a donné sa vie avec la liberté souveraine qui était la sienne devant le Père :  « Ma vie, personne ne me l’enlève ; mais je la donne de moi-même. » (Jn 10 :18).

Bienheureux Longin, qui fait de même parce qu’il sait que le salut se trouve en Jésus-Christ, ce Jésus qui a marqué sa chair de son sang divin et demeure en son âme. Longin suit le chemin de son Maître. Sachant la portée de son témoignage, il offre volontairement sa vie pour racheter l’âme qui se perd.

Du salut

Le gouverneur persécuteur a bien entendu le message. Son choix est simple. Rester parmi les possédés ou recouvrer la pleine santé. Non seulement celle du corps, mais aussi celle de l’âme… Sur cette santé de l’âme, que peut-il bien penser ?

Sous l’empire de Rome et des démons qui l’asticotent, il veut évidemment le mal et donc la mort de Longin. Et cependant ce même Longin vient de lui adresser une parole de paix et de pardon, une promesse de salut.

En effet, les mots que prononce Longin, – « aussitôt que j’aurai reçu la mort de ta main (c’est-à-dire par ta décision souveraine), je prierai pour toi… » – sont bien ceux du pardon et du rachat offert à l’esclave, du salut offert à l’âme perdue, de la santé voire même de la sainteté promises à l’esprit encore possédé du gouverneur. De la part de l’ancien soldat, c’est l’acte libre d’une volonté libre, dans le Christ.

En vérité, pardon d’y revenir, il ne s’agit pas là de l’appel au suicide assisté ou de la demande d’euthanasie d’une personne délaissée, que de tristes sires s’efforcent de rendre désirable à nos modernes incroyants. Car Longin est plein d’espérance. Et de foi. Et de charité.

Incroyant, il le fut lui aussi, jusqu’à ce sombre Vendredi où il frappa Jésus au coeur. Dans ce moment suspendu où, en nous, le doute continue d’affleurer : voulait-il vraiment le mal, la mort du juste ?

Bienheureux Longin ! A l’instant même où il portait le coup de lance, tout était consommé. Par la grâce de Dieu, le salut était en marche. L’eau et le sang s’écoulaient du Coeur de Jésus…

De même, lorsqu’il ouvre son coeur au gouverneur, saint Longin lui ouvre, en même temps, l’esprit. Baptisé dans le sang du Christ, et comme le Christ avant lui, il offre sa vie au Père dans l’Esprit Saint. Oui, il peut en témoigner : en Jésus sont rachetées toutes les âmes, la sienne comme celle du gouverneur… si celui-ci le veut.

Il y faut juste un acte de foi, un témoignage de la conversion à l’oeuvre. Cette conversion, paradoxalement, passe par un acte de violence. N’est-ce pas toute l’histoire de Longin ?

Voici donc le gouverneur à son tour au pied de la Croix. Longin a parlé comme un juste : il s’offre pour intercéder auprès de Dieu pour celui qui le met à mort !

Ainsi donc se termine l’étonnante légende du martyre de saint Longin (fêté le 1er septembre ou le 15 mars, selon les lieux) : le gouverneur lui fait trancher la tête ; après quoi, il se prosterne auprès de son corps, et fait pénitence… (peut-être recueille-t-il quelques gouttes du sang du martyr).

Aussitôt, conclut le récit transmis par la tradition, le gouverneur recouvra la vue avec la santé. Puis il se convertit, finissant sa vie dans les bonnes oeuvres.

(1)  Extrait du « Traité sur l’évangile de Jean » de saint Augustin (CXX 2-3) : « L’Evangéliste s’est servi d’un mot d’une haute signification, en évitant de dire, il le frappa, ou le blessa, mais : « lui ouvrit le côté. » Il nous y montre ouverte cette porte d’où nous sont venus les sacrements sans lesquels on n’entre pas à cette vie qui est la vie véritable. Ce sang-là est celui qui a été répandu pour la rémission des péchés ; cette eau est celle que l’on mêle au calice du salut. Elle sert à nous baptiser, mais elle sert aussi à nous abreuver. (…) ».

Prière :

« Saint Longin, qui avez été racheté au Golgotha par le précieux sang de Jésus, priez pour nous à nos derniers instants. Ouvrez nos yeux à la lumière du salut offert en Jésus-Christ. Par Son Sacré-Coeur que vous avez transpercé, intercédez pour nos frères pécheurs trompés par le démon, particulièrement s’ils se font nos bourreaux. Par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen. »

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